
«Je l’ai senti moins à l’aise que d’habitude. » Robert Ménard n’a pas besoin de forcer la voix pour faire passer son message. Mardi soir, dans l’émission spéciale de TF1, il faisait partie des rares intervenants à bousculer Emmanuel Macron sur la sécurité et l’immigration. Deux thèmes sur lesquels le chef de l’État s’est montré, selon lui, « étonnamment d’accord », mais sans convaincre. « Le problème, ce n’est pas de dire oui, c’est de le faire », martèle le maire de Béziers auprès du JDD. « Sur quasiment chaque question que je lui posais, il acquiesçait. Le problème de ce président, c’est qu’il dit oui à tout, mais il ne fait rien… Ce n’est pas une découverte que les prisons sont pleines ou que l’insécurité explose. »
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Sur les places de prison, Robert Ménard dénonce un président dans l’aveu d’échec. « Il faisait comme si c’était nouveau. Mais les prisons saturées, ça ne date pas d’hier. » Et d’ajouter : « J’ai cité Notre-Dame. On a su reconstruire vite, en s’affranchissant de certaines lourdeurs. Pourquoi ne fait-on pas pareil pour construire des prisons ? » Le maire de Béziers l’a interpellé sur une autre idée : louer des places de prison à l’étranger, comme cela se fait en Belgique ou au Danemark. « Il n’a pas dit non. Il a même semblé intéressé. Maintenant, qu’il le fasse ! »
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Lors de l’échange, Emmanuel Macron est même allé jusqu’à affirmer qu’il n’avait jamais employé l’expression de « sentiment d’insécurité ». Une déclaration que Ménard balaie d’un revers de main : « Je savais qu’il l’avait dit, mais je n’avais pas la référence exacte. Alors j’ai évacué en disant que ses amis l’avaient dit. Mais au fond, ça revient au même. » Depuis, plusieurs journalistes ont exhumé des interviews et discours où le président utilise bel et bien cette formule. « Ce genre de déni factuel abîme encore un peu plus la parole politique. Quand on nie ce que tout le monde peut vérifier en deux clics, c’est qu’on a perdu le contact avec le réel », tranche le maire.
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Sur les Obligations de quitter le territoire français (OQTF), le constat est tout aussi sévère : « En 2019, il avait dit dans Valeurs actuelles qu’il voulait exécuter 100 % des OQTF. Il savait à l’instant même où il le disait que c’était irréaliste. Ce n’est pas juste de l’optimisme, c’est du mensonge démago. » Ménard ne s’embarrasse pas de circonlocutions. Pour lui, le chef de l’État paie aujourd’hui le prix d’années de déni. « Pendant des années, quand on parlait d’immigration, on était traités de fachos. Le lien entre immigration et insécurité était un tabou. Aujourd’hui, c’est ce tabou qui revient dans la figure du président, comme un boomerang. »
Et sur le fond, il conteste le discours présidentiel sur l’immigration légale : « 500 000 personnes entrent légalement chaque année. C’est l’équivalent de Toulouse. Personne ne me fera croire qu’on peut intégrer à ce rythme. Dans certaines écoles de ma ville, il y a 80 % d’élèves issus de l’immigration. Vous croyez qu’il mettrait ses enfants ou ses beaux-fils dans ces écoles ? » Le maire de Béziers regrette également que le président ait éludé la question d’un référendum sur l’immigration. « Il a botté en touche. Il dit que ce n’est pas possible. C’est faux. C’est une question de volonté politique. Le Canada choisit ses migrants, et ce n’est pas un pays d’extrême droite. »
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« Ce que j’ai fait, tout le monde le trouve normal »
Un moment fort de l’émission : quand Robert Ménard évoque la proposition de loi votée au Sénat qui permettrait à un maire de refuser un mariage avec un étranger en situation irrégulière. Une disposition inspirée directement de son propre cas – pour lequel il risque aujourd’hui cinq ans de prison, 70 000 euros d’amende et l’inéligibilité. Face à lui, Macron s’est montré favorable à la mesure. « Là encore, j’attends de voir. Il a dit qu’il allait l’envoyer à l’Assemblée nationale. Très bien. On va voir s’il le fait. Parce que ce que j’ai fait, tout le monde le trouve normal. »
Robert Ménard ne se réjouit pas d’avoir gagné aux points. Il s’inquiète plutôt du poids des mots devenus sans effet. « Le problème, ce n’est pas moi. C’est que les gens ne les écoutent plus. Macron peut dire ce qu’il veut, ils n’y croient plus. » Et d’ajouter, d’une voix plus lasse : « Moi, j’ai voulu parler pour les gens ordinaires. Ceux qu’on n’entend pas, parce qu’ils ne protestent pas, ils ne manifestent pas. Mais ce sont eux qui en prennent plein la gueule tous les jours. »
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