En quelques semaines, le catéchumène élyséen est passé de Notre-Dame à la Grande Loge de France, troquant la Trinité contre le triangle et la Tunique d’Argenteuil contre le tablier laïc. Il a confié aux Frères sa communion de pensée avec la franc-maçonnerie. Rejetant toute idée d’inscrire dans la Constitution toute référence chrétienne, il a osé une formule cocasse : « La France est la fille naturelle de la République. » On imagine une GPA républicaine pour donner naissance, hors mariage, à une fille naturelle, de semence inconnue, sans filiation : la France, fille aînée de l’instant. La feuille blanche…
L’orateur a ensuite dénoncé « l’obscurantisme ». Mais l’obscurantisme véritable se love – se loge – dans les obscurités, là où fermentent les plans secrets pour saper les fondations de la société. C’est dans ces temples assermentés du murmure et du complot que tout se concocte : depuis l’avortement constitutionnel jusqu’à la loi sur l’euthanasie qui est une insurrection contre la fraternité la plus élémentaire. L’Histoire retiendra l’hommage présidentiel rendu à ceux qui ont imaginé une rupture anthropologique inouïe, en feignant d’ignorer que la vie humaine en société s’est construite sur l’interdit absolu de tuer l’autre.
La chrétienté menacée
Pour quelle raison ces législateurs de l’ombre se cachent-ils ? Pourquoi cette contre-Église occulte ? Je pense souvent au mot de saint Matthieu : « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau… On la met sur le lampadaire. Et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. » Emmanuel Macron a prétendu que la loi de 1905 était une loi d’harmonie. La vérité historique oblige à citer les hommes clés de la séparation de l’Église et de l’État. Jaurès en a appelé à « l’émancipation intellectuelle de la République ».
La nation française a un besoin vital de contours et de conteurs
Avec une éloquence fiévreuse, il a salué le forfait : « Nous avons interrompu la vieille chanson qui berçait la misère humaine et la misère humaine s’est réveillée avec des cris. » La vieille chanson, c’est la chrétienté chantante. Les cris, ce sont les râles des orphelins de la transcendance. Le 8 novembre 1906, Viviani s’enflamme à son tour devant ses camarades congressistes : « Nous nous sommes attachés à une œuvre d’irreligion. Nous avons arraché les consciences à la croyance. Lorsqu’un misérable, fatigué du poids du jour, ployait les genoux, nous lui avons dit que, derrière les nuages, il n’y avait que des chimères. Ensemble nous avons éteint dans le ciel des étoiles qu’on ne rallumera plus. »
Le spirituel est l’essence de la République
On ne veut pas voir qu’il y a deux sortes de laïcité. Celle de la table rase, qui éradique le patrimoine, la personnalité d’un peuple. Et assume le risque d’un choc en retour, car la nature a horreur du vide : entre la fin de l’absolu et la soif d’absolu, les laïcards font le vide et les islamistes le remplissent. L’autre laïcité, la seule viable pour un vieux pays, c’est la laïcité amoureuse, qui assume le dépôt millénaire.
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Il y a, dans nos patries charnelles, un mystère insondable. Le peuple français est un « peuple politique », dit-on. Même dans cette définition, il y a du spirituel. Chez nous, le pouvoir est un composé de la potestas et de l’auctoritas. Comme si courait, encore aujourd’hui, un filet de saint chrême qui infusait au pouvoir laïc une sacralité d’incarnation.
Mais notre peuple est aussi un « peuple métapolitique ». La nation française a un besoin vital de contours et de conteurs. Elle est une romance, où l’on professe et l’on profère. Enfin et surtout, le peuple français est un « peuple métaphysique ». Un peuple qui veut comprendre, au cœur du « continent de la vie interrogée ». Le nombre d’or d’un peuple se trouve dans ce qu’il a laissé, dessiné, érigé : Rome tient tout entière dans le Forum. La Grèce fut contenue dans le Parthénon. S’il est vrai que, dans l’histoire des hommes, celle d’un peuple peut tenir dans une œuvre particulière, alors la cathédrale résume la France. Car le nombre d’or de notre peuple, c’est le vaisseau renversé d’un peuple croisé qui a donné des ailes à la pierre.
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