Comment oublier ses premiers (petits) boulots ? Entre gêne, maladresse, trop-plein d’enthousiasme (ou de flemme !), nos débuts dans le monde du travail (souvent riches en anecdotes savoureuses) méritent que l’on s’en souvienne. Un moment très particulier dont Joséphine Draï a su s’emparer avec justesse, et surtout beaucoup d’esprit.
Dans Intérim’air, une nouvelle série courte qui se décline en une cinquantaine d’épisodes de deux minutes, on peut dire que la comédienne ne chôme pas : tour à tour aide à domicile, bouchère, surveillante d’établissement scolaire, boulangère, guide touristique et même go-go danseuse, son personnage souffre et dérape autant qu’il nous fait rire. « Lorsque l’on débarque le premier jour et que l’on se sent vulnérable, c’est la porte ouverte aux bourdes, aux couacs, et donc aux grands moments de solitude. Voilà l’humour que je préfère ! »
« J’aime me dire que je peux tout plaquer du jour au lendemain »
Du vécu ? Plutôt un sens de l’observation bien aiguisé. « Trop maladroite » pour se risquer (notamment) aux métiers de la restauration, la quadragénaire n’a exercé, avant de lancer sa carrière, que des jobs de vendeuse. « Je me suis surtout inspirée de mon expérience de cliente : comme lorsqu’une caissière perd un temps fou à bavarder de futilités avec une collègue alors que l’on est une douzaine à attendre notre tour pour payer, raconte-t-elle. Ou de mère, quand il m’est arrivé d’accompagner mon fils de 4 ans à un anniversaire et de le laisser entre les mains d’une animatrice improbable [qu’elle incarne ici, NDLR]. Tous ces moments constituent de formidables terrains de jeu. » Un projet « très personnel » à l’arrivée, puisqu’au-delà d’avoir imaginé et écrit l’ensemble de ces mini-scénarios, Joséphine Draï a également géré l’intégralité du casting et s’est occupée du stylisme. Avant de diriger les acteurs en plateau.
Celle qui admet avoir la larme facile (et pleurer trois fois par semaine) mesure pleinement l’enjeu du succès éventuel de ces pastilles, diffusées quotidiennement dès demain sur Téva. Si elle n’a jamais échoué dans tout ce qu’elle a entrepris, elle n’a pas non plus endossé un (vrai) premier rôle majuscule capable de redistribuer les cartes : hilarante dans son one-woman-show, Joséphine ose ! (2012), elle était remarquable dans Arletty, une passion coupable, téléfilm diffusé en 2015 sur France 2, pétillante dans Plan cœur, série sur Netflix où elle incarnait l’une des meilleures amies de l’héroïne en 2018, touchante dans Belle, Belle, Belle, d’Anne Depétrini pour TF1 (2021). Et son talent (bien que trop en retrait) s’impose dans Anges & Cie, comédie hors-sol de Vladimir Rodionov, avec Élodie Fontan et Shirine Boutella, en salles depuis mercredi.
Si le temps qui passe ne l’obsède pas (vraiment), il nourrit constamment ses questions existentielles. « La mort qui se rapproche de plus en plus, ça me travaille », concède-t-elle. Mariée depuis quatorze ans au réalisateur Benjamin Parent, avec qui elle a un fils prénommé Saul, Joséphine Draï ne rejoint plus, en pleine nuit et sur un coup de tête, la piste de danse du club chic de la capitale où elle s’est longtemps défoulée : elle admet s’évader désormais en s’imaginant dans la peau d’une autre.
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« Même si ce n’est pas vraiment ma volonté, j’aime me dire que je peux tout plaquer du jour au lendemain, si je le décide. J’ai besoin de savoir que c’est encore possible. » Dans l’un des deux spectacles qu’elle prépare, elle promet en ce sens de régler son compte à la crise de la quarantaine : « Même si je ne la traverse pas vraiment car j’ai l’impression d’avoir 40 ans depuis que j’en ai 18 ! En réalité, on va dire que j’ai plutôt fait une crise d’adolescence très tardive. »
Un show qui n’a pas encore de date, mais qui s’articulera tout en musique. Car Joséphine chante, elle danse aussi, et écrit des textes depuis longtemps. Souvent pour les autres, comme Élodie Frégé (Paris, 2006) ou Sheryfa Luna (J’ai le droit, 2008). Fille de Philippe Draï, batteur pour Alain Bashung notamment, à qui elle a inspiré, par sa timidité, le titre culte Osez Joséphine (1991), et de Laurence Heller, co-interprète du tube À cause des garçons (1987), elle a forcément ça dans le sang. Sa passion ? Les glaces. Aucun parfum sur terre n’a de secret pour elle, jure Joséphine Draï. Avec Intérim’air, désormais, les premiers boulots non plus… Enfin presque !
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