Le décor a des allures cinématographiques. Peut-être parce que le lac de Côme et ses mythiques maisons ont vu défiler de nombreuses figures du cinéma. À commencer par Luchino Visconti qui passait ses étés dans la sublime demeure familiale villa Erba. C’est ici aussi qu’a été tournée la scène finale d’Ocean’s Twelve de Steven Soderberg.
Un décor choisi par la maison Chanel pour organiser le dîner la veille du défilé croisière. Célébrités et journalistes se sont retrouvés au bord de l’eau dans ce lieu magique où le réalisateur du Guépard et de Mort à Venise, a grandi. Évidemment, rien n’est fait par hasard par la marque française et tout a un sens : Luchino Visconti était un grand ami de Gabrielle Chanel. Ils avaient de nombreux points d’entente. À commencer par leur amour de la perfection.
« Ils aimaient le savoir-faire derrière la beauté des choses », dit Caterina d’Amico de Carvalho qui a très bien connu le réalisateur (sa mère, Suso Cecchi D’Amico était l’une des scénaristes du Guépard). Elle lui a présenté Jean Renoir, il lui a présenté Romy Schneider. Le décor pour le défilé était posé : ce lieu archispectaculaire (on peut passer d’un soleil éclatant qui donne au lac des airs légers de mer Méditerranée à une pluie tonitruante qui le rend d’un coup beaucoup plus intense) est l’écrin parfait pour évoquer une collection croisière.
À la mode des croisières
En 1919, le Vogue américain mentionne la petite collection de demi-saison que Coco Chanel propose à ses clientes qui partaient en croisière dans les Caraïbes. Dans sa boutique de Biarritz, elle offre une garde-robe pour des femmes habituées aux stations balnéaires et au yachting, entre Pays basque, Riviera et Lido. Ces collections disparaissent dans les années 50 pour réapparaître quand Karl Lagerfeld reprend le flambeau en 1983. Dans les années 2000, le Kaiser sait mettre en scène ces collections colorées qui apportent du soleil dans les boutiques de novembre à mai. Le concept s’étend alors à toute l’industrie de la mode qui suivent tous l’idée d’un vestiaire sur le thème du voyage.
Cette saison, c’est donc l’Italie qui est à l’honneur chez Chanel. Plutôt normal de rendre hommage à ce pays où sont fabriqués les foulards en soie et les fameux souliers bicolores « Slingback » siglés CC. Cette collection est la dernière entièrement créée par le studio sans directeur artistique. Même si Matthieu Blazy a officiellement pris ses fonctions dans la maison de la rue Cambon, il ne présentera ses premières créations que lors de la prochaine Fashion Week à Paris à l’automne prochain. Mais le fait de ne pas avoir de directeur artistique n’est pas un manque à gagner pour la griffe aux deux C : elle n’a d’ailleurs jamais autant vendu de prêt-à-porter qu’aujourd’hui.
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Et elle attire toujours autant les célébrités. Les actrices Keira Knightley, Lupita Nyong’o et Margaret Qualley étaient là. Tout comme la grande amie de la maison, Sofia Coppola qui avait fait un stage auprès de Karl quand elle avait 15 ans et qui a signé le très inspirant teaser de la collection (à voir sur chanel.com).
Des robes de soirée en taffetas dignes des films de Visconti
Le défilé avait lieu dans l’iconique villa d’Este, un mythique palace qui a abrité les amours de Rita Hayworth et Orson Wells, d’Aristote Onassis et Maria Callas ou encore d’Ava Gardner et Franck Sinatra. George Clooney, qui possède la villa Oleandra non loin de là, y est aussi passé (la rumeur locale dit qu’elle est à vendre pour 100 millions d’euros). La décoration de la terrasse fleurie où avait lieu le show a été entièrement repensée sans que les clients habitués s’en rendent compte tellement cela a été fait dans le respect de ce chic italien intemporel. La collection ? Des vêtements de villégiature qui allaient aussi bien des tenues de plage légères aux robes de soirée en taffetas, à volants et dos nus qui auraient pu facilement figurer dans les films de Visconti.
L’allure fait jet-set-pop mais avec beaucoup d’allure. On est dans le registre joyeux mais avec une bonne dose de glam italien-hollywoodien. Les couleurs sont douces (pêche, rose, bleu ciel) et solaires (rose, jaune, orangé). L’élégance italienne intemporelle est très présente comme, par exemple, avec cette blouse ivoire aux manches volumineuses portée avec un pantalon du soir en taffetas blanc. Pantalon blanc droit, caban, rayures bleues et blanches, les références ont mis le cap sur le style croisière. Les VIC (very important clients) qui avaient fait le voyage du monde entier étaient ravis de ce show et n’avaient vraiment pas envie d’attendre jusqu’à novembre pour porter ces vêtements qui s’inséraient si bien dans le paysage. Et avaient ce je-ne-sais-quoi de léger qui donne immédiatement le sentiment d’être en vacances.
Made in Italy
Ce défilé en Italie a aussi permis de rappeler que certains produits Chanel sont produits dans la région, non loin du lieu du défilé. Le fabricant de chaussures Roveda (racheté par Chanel en 1999) et le soyeux Mantero (établi depuis 1902 à côté du lac du Côme, qui fabrique des carrés de soie depuis 1973 pour la maison et qui possède aujourd’hui 35 % de son capital) font partie de ces manufactures qui ont un vrai savoir-faire. « Le luxe n’existe que grâce à cela aujourd’hui, explique Bruno Pavlovsky, président des activités mode de Chanel.
Former une nouvelle génération d’artisans est essentiel. Nous travaillons avec 67 fournisseurs et usines différents (par l’entremise de la filière Manufactures de mode) en France et en Italie et chaque marque entretient des relations particulières. Beaucoup travaillent avec d’autres marques et c’est une bonne chose ». Savoir ne pas perdre de vue la qualité pour faire perdurer le luxe, c’est le nouveau challenge des maisons au savoir-faire historique.
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