Cheveux ras de réservistes, dégarnis chez les militants LR, plus fournis chez les jeunes curieux… À Blois, ils sont près d’une centaine venus écouter Thibault de Montbrial discourir sur « les enjeux de sécurité intérieure », fin mars. C’est plus que la soixantaine de militants et sympathisants rassemblés par Laurent Wauquiez, quelques jours plus tard dans la même ville. Montbrial, figure médiatique, bientôt politique ?
La veille, le président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (CRSI) intervenait à un rassemblement contre l’islamisme, devant 4 000 personnes au Dôme de Paris. Après un aparté complice avec l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, il a entamé son discours par la question d’Ernest Renan : « Qu’est-ce qu’une nation ? »
En dix minutes, il a condensé une plaidoirie rodée, qu’il délaye à Blois, brassant tous les sujets régaliens : l’immigration, le « péril mortel » de l’islamisme, l’État de droit qui n’est « pas la fête des délinquants et le triomphe de la somme des intérêts individuels », le nécessaire courage d’assumer l’histoire d’un pays qu’il faut donner à aimer… Suivra une longue séance de questions-réponses, émaillée de confidences sur l’appareil d’État que Montbrial connaît bien… « L’espérance ne déçoit pas », conclut-il comme toujours.
La sécurité comme priorité
« J’ai la conviction que les fractures sont telles que la France n’a jamais été aussi près d’un gros accident, d’une perte de contrôle de l’État », confie l’avocat dans son bureau qu’orne un fanion de CRS. Alors que tout va bien dans sa vie, c’est cette inquiétude et le refus du « tout est foutu » qui le conduisent à s’engager, avec le « soutien absolu » de sa femme.
Dans la continuité d’« un métier qui permet d’avoir mille vies » : avocat depuis trente ans, il plaidera pour la famille de Jessica Schneider, policière assassinée dans l’attentat de Magnanville, lors du procès en appel prévu à la fin du mois. Avant la robe, Montbrial avait envisagé l’uniforme, qu’il porte aujourd’hui comme lieutenant-colonel de la réserve opérationnelle, spécialiste du droit de l’usage des armes… et de leur maniement, puisqu’il pratique le tir et les sports de combat.
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Ses positions sont au carrefour des droites, où l’on observe cette ambition qui point avec circonspection
Les questions de sécurité, simple « écosystème de copains » au départ, sont devenues une vraie spécialité dans la décennie 2010, marquée par la montée de l’islamisme. Dans les tuyaux au moment de l’attentat contre Charlie Hebdo, le CRSI voit le jour dans la foulée. Dix ans plus tard, il est sollicité tous azimuts pour son expertise reconnue, tandis que Montbrial a récolté une fatwa et une protection policière renforcée pour ses positions tranchantes – mais maîtrisées – sur ces sujets sensibles.
Ambition et incarnation
Son CRSI, qui se structure et se développe, n’est « pas un véhicule politique », assure l’avocat. Il l’avait mis en sommeil le temps de son engagement auprès de Valérie Pécresse en 2022. Fidèle malgré la défaite, il a pris goût à la politique : « Tu es fait pour ça ! » l’a encouragé Patrick Stefanini. Battu aux législatives dans la foulée, Montbrial dit avoir repoussé les approches de cinq partis en 2024. Et pour un ministère ? « Des discussions, plus ou moins poussées. »
Ses positions sont au carrefour des droites, où l’on observe cette ambition qui point avec circonspection… À Blois, la question a été posée : qui portera ce « choc d’autorité » qu’il préconise ? « J’ai bien une idée », a soufflé une voix dans le public. « Qui ? – Vous ! » L’intéressé a éludé d’une boutade, mais avait le sourire du tireur qui a fait un carton.
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