
C’est un front discret, mais crucial, dans la guerre menée par la France contre la criminalité organisée : le Brésil. Gérald Darmanin y entame ce jeudi 15 mai une visite de deux jours, à la tête d’une délégation du ministère de la Justice, avant de se rendre en Guyane pour poursuivre ce chantier à dimension régionale. Objectif affiché : renforcer les liens judiciaires et sécuritaires entre Paris et Brasilia, à l’heure où les flux de cocaïne en provenance du continent sud-américain ne cessent de croître, notamment via la Guyane, devenue une porte d’entrée privilégiée vers l’Europe.
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Une coopération indispensable
Depuis plusieurs mois, les services de l’État alertent sur la recrudescence des filières de narcotrafic opérant entre l’Amazonie, la Guyane et la métropole. Les « mules » brésiliennes, qui transportent des capsules de drogue dans leur corps, sont chaque semaine interceptées à l’aéroport de Cayenne. Certaines d’entre elles aboutissent dans les établissements pénitentiaires français, qui accueillent aujourd’hui près de 500 ressortissants brésiliens sous écrou, un chiffre en constante augmentation.
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Face à cette situation, Gérald Darmanin veut aller plus loin. À Brasilia, il s’entretiendra avec son homologue, le ministre de la Justice Ricardo Lewandowski, pour entamer les négociations d’un accord bilatéral sur le transfèrement des détenus brésiliens, permettant leur retour dans leur pays d’origine pour y purger leur peine. Une initiative annoncée dans les colonnes du Journal du Dimanche il y a quelques semaines, dans le cadre d’une nouvelle doctrine sur la gestion carcérale des étrangers : « Les détenus étrangers n’ont pas vocation à rester en France aux frais du contribuable », avait martelé le ministre.
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Au-delà de la question carcérale, la visite ministérielle vise à resserrer les liens diplomatiques autour de la lutte contre la criminalité transnationale. Outre le ministre de la Justice, Gérald Darmanin rencontrera le ministre des Affaires étrangères, Mauro Vieira, ainsi que le ministre de l’Intégration et du Développement régional, Waldez Góes. Des échanges sont également prévus avec le juge Gilmar Mendes, membre influent du Tribunal suprême fédéral, l’équivalent brésilien du Conseil constitutionnel.
Ces entretiens doivent permettre de renforcer la coopération régionale entre la France et les pays limitrophes de la Guyane (Brésil, Suriname, Guyana), sur des sujets sensibles comme les réseaux de contrebande, l’orpaillage illégal, ou encore les trafics d’armes qui alimentent la violence dans les quartiers de Cayenne et de Saint-Laurent-du-Maroni.
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En Guyane, au plus près du terrain
Après ces deux journées diplomatiques au Brésil, le ministre de la Justice rejoindra le territoire guyanais du 17 au 19 mai, pour une série de rencontres avec les autorités locales, les forces de l’ordre et les magistrats. Dans cette région ultramarine confrontée à des défis migratoires, sécuritaires et judiciaires inédits, la question du traitement des détenus étrangers et du narcotrafic demeure l’un des principaux points de tension. « Ce déplacement vise à ancrer notre action dans le réel, auprès des acteurs de terrain qui luttent chaque jour contre une criminalité violente, souvent transfrontalière », confie l’entourage du ministre.
L’enjeu est aussi politique : avec une surpopulation carcérale chronique et une tension judiciaire permanente, la Guyane cristallise les impasses d’une politique migratoire et pénale trop longtemps déconnectée de la réalité du terrain. En y affichant sa volonté de rupture, Gérald Darmanin entend envoyer un signal fort, tant aux magistrats qu’aux États partenaires : la France veut coopérer, mais sans naïveté. Cette visite s’inscrit donc dans une reprise en main de la diplomatie pénale, peu visible jusqu’ici, mais que le ministre entend incarner.
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