L’essentiel
- Dino Scala, surnommé le violeur de la Sambre, est entendu pour seize nouveaux faits : deux viols, six tentatives et six agressions sexuelles.
- Son avocate, Me Margaux Mathieu réclamait cette audition depuis près d’un an pour avoir accès au dossier et pouvoir ainsi se défendre.
- Dans ce nouveau volet, les faits les plus anciens ont presque quarante ans, les plus récents seize ans. Une difficulté supplémentaire pour les enquêteurs.
Il est déjà considéré comme l’un des plus grands prédateurs sexuels de ces quarante dernières années. Combien Dino Scala – surnommé le violeur de la Sambre en référence à la rivière le long de laquelle il sévissait – a-t-il fait de victimes ? Depuis 9h30 ce jeudi, cet ancien ouvrier du Nord est interrogé sur seize nouveaux faits : deux viols, six tentatives et six agressions sexuelles, commis entre 1986 et 2009, indique le parquet de Valenciennes, confirmant une information de RTL. Ce père de famille, aujourd’hui âgé de 64 ans, a déjà été condamné juillet 2022 à vingt ans de réclusion criminelle – la peine maximale – pour 54 viols et agressions sexuelles, commis entre 1988 et 2018. Lui en a reconnu quarante.
Cette audition devant la juge d’instruction était réclamée depuis près d’un an par son avocate, Me Margaux Mathieu, afin que son client puisse enfin prendre connaissance des faits qui lui sont reprochés. En effet, bien que principal suspect, Dino Scala n’avait pas accès au dossier. Et ne pouvait donc pas se défendre des accusations portées à son encontre. « Il n’est pas acceptable qu’on lui impute des faits commis par d’autres », a estimé la conseil, disant craindre des « erreurs judiciaires qui bénéficieraient aux agresseurs de ces seize victimes ». Elle rappelle que d’autres violeurs ont sévi dans la région. Pendant le premier procès, l’avocate avait déjà dénoncé des rapprochements opérés avec « un tamis à grosses mailles » et des dossiers « vides ».
« Des faits ont été laissés de côté, sans que l’on comprenne pourquoi »
En mars 2023, le parquet de Valenciennes a pris la décision d’ouvrir une nouvelle information judiciaire. Au cœur des investigations : quatorze agressions mises en lumière au cours de l’enquête initiale et finalement écartées. Dès le procès de 2022, l’avocate générale s’était émue que ces dossiers aient « été laissés de côté, sans que l’on comprenne pourquoi ». Les témoignages évoquent, en effet, un mode opératoire similaire à celui de Dino Scala : un homme au visage dissimulé qui surgit dans le dos de ses victimes, les immobilise, les menace pour parvenir à ses fins. Certaines nuances avaient toutefois été constatées, notamment dans sa description ou celle de sa voiture.
Dino Scala sera également auditionné sur deux plaintes recueillies après son procès. A l’instar de celle de Sylvie*, agressée en janvier 1987 alors qu’elle attendait le bus pour aller au lycée. Elle avait alors 17 ans. Trente-et-un ans plus tard, en prenant connaissance du récit de nombreuses victimes, elle acquiert la certitude qu’il est l’homme qui a tenté de la violer. Elle aussi a été agressée au petit matin, par-derrière, par un homme qui dissimulait son visage. « Elle a tout de suite compris que Dino Scala était son agresseur, elle en est persuadée », confiait l’an dernier à 20 Minutes, son avocat, Me Emmanuel Riglaire. Contacté, le pénaliste lillois ne souhaite pas communiquer à ce stade des investigations.
Le temps, ennemi de l’enquête
La difficulté dans cette affaire réside dans le temps qui passe. Pendant trente ans, l’homme est passé entre les mailles de la police. Et ce, malgré la présence d’ADN sur plusieurs scènes de crime. Il a été interpellé en 2018 après une nouvelle agression commise en Belgique : cette fois, sa voiture a été filmée par une caméra de vidéosurveillance.
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Dans ce nouveau volet, les faits les plus anciens ont presque quarante ans, les plus récents seize ans. Avec le temps, la précision du témoignage s’estompe, le recueil de preuves est plus compliqué. D’autant que dans cette affaire, les plaintes ont souvent été bâclées, certains scellés ont disparu. Lors du premier procès, Dino Scala a été acquitté pour deux faits, par manque de preuves : le viol d’une femme handicapée en 2002 et une tentative de viol sur une adolescente, la même année. Ces difficultés expliquent le temps qui s’est écoulé entre l’ouverture de l’information judiciaire et cette audition : pour imputer de nouveaux faits à Dino Scala et éventuellement le mettre en examen, il faut s’appuyer sur des « indices graves et concordants ».
* Le prénom a été modifié






