
Des révélations tonitruantes. D’après une note du SDECE – l’ancêtre de la DGSE – datée du 28 novembre 1968, la présidence algérienne de Houari Boumediene et le Parti socialiste unifié (PSU) de Michel Rocard s’entendaient un peu trop bien… Une proximité qui aurait débouché sur des financements politiques à plusieurs reprises, dévoile L’Express dans une récente enquête.
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« Selon un renseignement de bonne source, Gheraïeb, président de l’Amicale des Algériens de France, a remis une somme de 800 000 nouveaux francs à Michel Rocard, secrétaire national du PSU », précise la note publiée par nos confrères.
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L’Amicale des Algériens de France, dont le siège est à Paris, n’était rien d’autre qu’un relais entre le PSU et le Front de libération nationale algérien (FLN). Son rôle, indiquent les renseignements généraux dans une note blanche non datée et consultable aux archives de la préfecture de police : informer la diaspora de la vision du FLN, mais aussi frayer avec le monde politique français, « de gauche le plus souvent », précisent-ils, « notamment avec le PSU ».
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Un même combat
Pendant la crise de mai 1968, l’Amicale prend contact avec la formation de gauche. Une note confidentielle de la préfecture de police du 17 juin 1968, citant des propos d’opposants algériens, évoque cette initiative qui « aurait été dictée par M. Ahmed Kaïd, responsable du parti du FLN, en prévision d’une chute possible du gouvernement français et du retrait du président de la République », affirme l’hebdomadaire.
« Peu surpris » par les archives exhumées par L’Express, un ancien cadre du PSU explique à nos confrères qu’à l’époque, le FLN entretenait avec eux « une sorte de solidarité de remerciement ». « Il s’agissait de deux partenaires tiers-mondistes, d’une troisième voie du socialisme international. Ni Pékin ni Moscou », résume-t-il. Le FLN et le PSU partageaient les mêmes combats, en somme. Abdelkrim Gheraïeb a d’ailleurs été invité aux congrès du parti socialiste à plusieurs reprises.
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Des centaines de milliers de francs
Mais il semblerait que les deux formations politiques n’aient pas partagé que des idées. Le 31 octobre 1968, Michel Rocard se rend à Alger pour assister aux commémorations du 1er novembre, anniversaire du début de la guerre d’Algérie.
Dans une note du 9 novembre, le SDECE souligne le « caractère clandestin » de cette visite et s’inquiète des « entretiens au sommet avec des personnalités algériennes, notamment le ministre des Finances », Chérif Belkacem. Cinq jours plus tard, la préfecture de police remarque que le parti a reçu un « don de 800 000 francs » (soit environ 1,1 million d’euros). Selon plusieurs témoignages de militants « très proches de certains dirigeants du PSU », il pourrait avoir été octroyé « par le FLN » algérien.
« Ces 50 000 francs sont devenus une subvention »
En 1970, les relations entre le PSU et le FLN sont toujours au beau fixe. Pourtant, rien ne va plus entre Paris et Alger. Le gouvernement algérien vient de lancer le processus qui lui permettra de remettre la main sur les hydrocarbures présents dans son sol. Pour la France, cette décision implique une perte colossale : celle du monopole qu’elle détenait depuis 1956 sur les gisements sahariens.
Cette année-là, le parti de gauche déménage. Pour ce faire, Michel Rocard doit réunir un apport de 50 000 francs afin d’obtenir un prêt bancaire de Paribas. Il se tourne alors vers Boumediene. « Je lui dis tout de go : “Faites-moi un prêt de 48 000 francs” », raconte-t-il à Bernard Ravenel, historien et ancien membre du PSU, qui publiera ces propos dans un ouvrage en 2015. La présidence algérienne fournit la somme, qui ne sera jamais remboursée. « Ces 50 000 francs sont devenus une subvention », reconnaît-il.
Quelques années plus tard, le 28 janvier 1974, une note de la préfecture de police s’étonne de l’état des comptes du parti. « Aucun élément d’information ne permet de conclure à une rentrée massive de cotisations qui expliquerait la nouvelle aisance relative de la trésorerie du parti et de la facilité avec laquelle elle aurait fait face cette fois à ses échéances de fin d’année », relate L’Express.
« Des récentes décisions des autorités algériennes auraient porté le montant mensuel de cette subvention à 1 500 000 francs », poursuit la préfecture. Soit 1,4 million d’euros de 2024. Les archives attestant de versements entre le PSU et l’Algérie se raréfient à partir de cette date. En décembre 1974, Michel Rocard quitte la formation politique et adhère au Parti socialiste de François Mitterrand.
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