
Depuis des mois, la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), censée orienter notre politique énergétique pour la décennie à venir, est en suspens. En mars dernier, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) dénonçait une stratégie « illisible », « confuse », « manquant de cap assumé ». Un mois plus tôt, le Haut Conseil pour le climat pointait des « incohérences méthodologiques » et une « incompatibilité entre objectifs ».
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Ces critiques soulignent un constat préoccupant : la France ne décide plus. Ce que le Plan Messmer avait su faire en 1974, en lançant un programme nucléaire sans précédent en trois mois, semble aujourd’hui hors d’atteinte. Or produire 640 TWh en 2035, contre 470 TWh aujourd’hui, impose des choix rapides et irréversibles.
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Alors que l’énergie structure toute notre économie, de la compétitivité industrielle à la trajectoire climatique, cette absence de pilotage politique n’est pas sans conséquences économiques. Le secteur représente 2 % du PIB, 200 000 emplois, et conditionne l’avenir de secteurs entiers comme le bâtiment, les transports ou la logistique. Faute de ligne claire, les investissements se figent : -30 % dans les renouvelables en 2023, une filière nucléaire dans l’expectative, des industriels de la mobilité thermique et électrique freinés par le flou réglementaire…
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Le brouillard du nucléaire
Les hésitations présidentielles résument à elles seules ce brouillard politique : en 2016, le nucléaire est « un choix d’avenir » ; en 2018, 14 réacteurs doivent être fermés ; en 2022, il faut finalement les prolonger et en construire de nouveaux. Même indécision sur l’éolien : en 2020, Emmanuel Macron déclare « soyons lucides : la capacité à développer massivement l’éolien terrestre est réduite » ; puis demande aux préfets de cartographier les zones propices aux implantations ; avant d’appeler à « renoncer » aux projets contestés. Sans parler du grand huit que connaît MaPrimeRenov’. Cette oscillation permanente empêche toute planification industrielle.
Le mix énergétique de la France est déjà largement décarboné grâce au nucléaire
Entre la décision de construire un réacteur nucléaire et sa mise en service, quinze années passent. Chaque mois d’inaction aura des conséquences qui s’étaleront de 2040 à 2080. Comment un énergéticien peut-il investir dans une technologie sans visibilité sur les prix du carbone, les obligations de rachat d’électricité verte, et s’il ignore quel sera son cadre réglementaire dans cinq ou dix ans ?
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Tout industriel souhaite évidemment que le mix énergétique fasse la part belle à sa filière. Mais plus encore, il demande qu’on tranche. EDF, RTE, France Hydrogène, Uniclima… tous appellent à de la visibilité. Or gouverner exige d’assumer de ne pas contenter tout le monde.
Instrumentalisation de l’industrie énergétique
La France dispose pourtant d’atouts majeurs. Son mix énergétique est déjà largement décarboné grâce au nucléaire. Son territoire est riche en ressources renouvelables et la compétence de ses ingénieurs reconnue. D’aucuns avaient d’ailleurs nourri l’espoir, après la dissolution de l’Assemblée nationale, que des majorités de projet puissent se former et que, une à deux fois par an, l’intérêt général puisse l’emporter sur l’intérêt politique personnel. Que la souveraineté énergétique de la France pour les 50 ans à venir compte davantage que cinq mois dans un ministère.
Hélas, le débat sur la PPE a viré au combat idéologique : écologistes antinucléaires, RN fustigeant le coût des énergies intermittentes, droite pro-nucléaire mais embarrassée par les éoliennes géantes et les panneaux solaires chinois, majorité gouvernementale divisée, PS peu clair… Résultat : la publication du décret PPE a été repoussée à l’été 2025, pour éviter une censure du gouvernement Bayrou. Le Premier ministre compose là où il devrait arbitrer.
Mais attention, car tout le monde risque de finir perdant. Si les partis traditionnels (LR, PS, EPR) ne décident pas, ils révéleront qu’ils ne sont plus capables de gouverner. Si le RN, LFI ou Les Écologistes bloquent tout, ils démontreront qu’ils ne sont toujours pas capables de gouverner.
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