Ce vendredi 16 mai marque une étape : cela fait déjà six mois que Boualem Sansal, critique du régime d’Abdelmadjid Tebboune, est emprisonné à Alger. L’auteur franco-algérien, interpellé le 16 novembre dernier, a été condamné à cinq ans de détention au terme d’un procès expéditif. Depuis, sa situation ne s’est guère améliorée. Malgré les appels à sa libération, le pouvoir algérien persiste et maintient l’homme de 80 ans en cellule.
En cette fin de matinée, une dizaine de membres du Comité de soutien à Boualem Sansal se sont réunis devant l’ambassade d’Algérie en France, situé dans le 8e arrondissement de Paris. Lors d’un point presse auquel le JDD était présent, la présidente de l’organisation, Noëlle Lenoir, a directement interpellé le chef de l’État algérien : « Monsieur le président Tebboune, après la lettre à laquelle vous n’avez jamais répondu des filles de Boualem Sansal, nous vous demandons de le libérer pour des raisons humanitaires et de le faire sans tarder avant qu’il ne meure en prison ! »
Un portrait à la mairie de Paris ?
Le philosophe et romancier Pascal Bruckner peine également à cacher sa colère à l’égard du chef de l’État français : « Emmanuel Macron aurait pu taper du poing sur la table et exiger le retour inconditionnel de Boualem Sansal en France. Il n’en a rien fait. » Avant de juger que le gouvernement les a « baladés » pendant des mois.
« Ce combat est celui de la liberté d’expression face à la censure »
« Il est temps de dire stop. Après l’émotion, place à l’action », lance de son côté l’élue Renaissance Shannon Seban, qui insiste sur la « détermination la plus totale » du comité. Pour elle, « ce combat est celui de la liberté d’expression face à la censure ». « Il se trouve dans une grande lignée historique, que l’on peut faire remonter à Socrate et à tous les intellectuels qui ont payé, parfois de leur vie, le fait de s’exprimer librement », estime pour sa part l’ancien ministre de l’Éducation nationale (et membre du comité), Jean-Michel Blanquer.
Le comité a ensuite détaillé plusieurs pistes afin d’obtenir la libération de Boualem Sansal. Alors que le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a saisi ce vendredi la Cour internationale de justice contre l’Iran, qui retient depuis 2022 Cécile Kohler et Jacques Paris, le cofondateur du comité, Arnaud Benedetti, appelle à entreprendre la même démarche pour l’auteur de 2084. Il a également rappelé l’idée de le désigner « ambassadeur de la francophonie » afin qu’il puisse bénéficier d’une immunité diplomatique lui permettant de rentrer dans l’Hexagone.
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Le comité réclame également que Boualem Sansal puisse consulter son avocat, Me François Zimeray, qui n’a « toujours pas de visa » pour se rendre sur le sol algérien. En mars dernier, celui-ci a d’ailleurs saisi l’ONU contre le régime algérien, qu’il accuse de bafouer les droits à la défense de son client. Quelques semaines auparavant, des émissaires algériens auraient même conseillé à Boualem Sansal de choisir un autre avocat français « non juif ».
Pascal Bruckner souffle une autre idée, cette fois à l’attention de la mairie de Paris : pour que l’écrivain ne soit pas oublié, l’édile de la capitale, Anne Hidalgo, pourrait accrocher un portrait de Boualem Sansal sur la place de l’Hôtel de ville. « Il fut un temps pas si lointain où le journal télévisé ouvrait chaque jour sur les noms et la durée de captivité des otages français. Nous devons faire revivre cette constance et cette fidélité », ajoute le comité. La ville de Paris est également appelée à élever l’écrivain au rang de citoyen d’honneur.
Une pétition franco-allemande
Pour Jean-Michel Blanquer, il ne s’agit pas simplement d’une « affaire franco-algérienne », mais bien d’une « universelle ». « La mobilisation n’est pas que française », affirme l’ancien ministre, qui indique qu’une « grande pétition franco-allemande » devrait voir le jour prochainement pour demander la libération de l’écrivain.
Selon Pascal Bruckner, la France peut (et doit) tenir tête à l’Algérie grâce aux visas : « De quoi le gouvernement a-t-il peur ? La France dispose de deux armes : l’Union européenne et la gestion des visas algériens. Si nous coupons la route des visas, Alger sera pris à la gorge et obligé d’agir. »
« Sachez que la plainte actuellement à l’instruction, que nous avons déposée auprès de la médiatrice européenne, n’est qu’un pas vers d’autres actions juridiques que nous allons mener », a enfin prévenu Noëlle Lenoir en s’adressant à Abdelmadjid Tebboune.
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