
Trois balles ont retenti sur la place Saint-Pierre au Vatican en ce 13 mai 1981. Il était 17 heures 25. Le pape Jean-Paul II s’offrait un traditionnel bain de foule. Le tireur n’a pas cherché à passer inaperçu. Il a dégainé et le pape, atteint de plein fouet, s’est affaissé, perdant une grande partie de son sang. Qui derrière ce geste fou ? On a d’abord cru que l’homme était Chilien, puis Palestinien. Sa véritable identité ne sera établie que quelques heures plus tard : Mehmet Ali Agca, 23 ans, membre de l’organisation nationaliste turque des Loups gris.
Publicité
La suite après cette publicité
À son sinistre palmarès, une bonne dizaine d’attentats supposés. Plus un qu’il a reconnu : Agca a neutralisé en 1979 le directeur du journal Milliyet, trop libéral à son goût. Par défaut, il avait été condamné à mort après s’être évadé de prison. Derrière ces meurtres, un but déclaré : la prise du pouvoir par l’armée. D’origine extrêmement modeste, Agca a toujours été nourri des lectures du Coran, contre les « hérétiques », avec cette envie toujours de s’illustrer dans quelque noble cause. De toute façon, la paix, il l’a en horreur. Parce qu’elle est pour lui le fait des sociétés capitalistes, qu’elle illustre les systèmes en place dans lesquels, lorsqu’on est né pauvre et illettré comme lui, on n’a aucune chance de s’intégrer un jour.
On suggère encore que la tentative de meurtre serait une vengeance pour l’attaque contre La Grande Mosquée de La Mecque
Après son évasion et une fois franchies les frontières turques, son périple l’a conduit d’abord en Allemagne où il s’est marié, puis à Barcelone, puis à Paris avant d’entrer en Italie dans le but de tuer le souverain pontife. Pas une fois lors de ces pérégrinations, il ne sera inquiété, avec toujours de l’argent sur lui, des faux papiers remarquablement faits et l’arme adéquate. Sa devise : « la meilleure façon de faire de la politique, c’est de tuer ».
Le JDD et Charles Villeneuve relaient la version des policiers italiens qui sont persuadés que Agca avait au moins un complice sur la place Saint-Pierre. Possible, probable même. On suggère encore que la tentative de meurtre serait une vengeance pour l’attaque contre La Grande Mosquée de La Mecque. En attendant, l’état de santé de Jean-Paul II s’est amélioré lentement. Quand bien même, il reste un risque de péritonite ou d’infection générale. Ce que le JDD ne peut savoir, ni même imaginer, c’est que plus de deux années plus tard, le 27 décembre 1983, le souverain pontife rencontrera Agca en sa prison pour, espérait-il, « un grand moment de pardon ». Mais rien, absolument rien, ne filtrera de leur entretien. Jean-Paul II dira : « Cela restera un secret entre lui et moi. » Amen.
Source : Lire Plus





