Une fois encore, l’histoire se répète. L’attaquant du FC Nantes, Mostafa Mohamed, a refusé de participer à la journée de lutte contre l’homophobie organisée par la Ligue de football professionnel (LFP). Une décision assumée, qu’il explique par des « valeurs profondément ancrées, liées à [ses] origines et à [sa] foi ». Pour la troisième année consécutive, il renonce ainsi à jouer un match pour ne pas porter de badge symbolisant la lutte contre l’homophobie. Un choix personnel, précise-t-il, qui « n’exprime ni rejet, ni jugement ». Mais un choix lourd de sens dans un climat où l’homophobie dans le football ne faiblit pas, au contraire.
Car la réalité est là : le football est aujourd’hui le théâtre d’une homophobie persistante, banalisée, et pour tout dire, tolérée. Sur les terrains, dans les tribunes, sur les réseaux sociaux, les insultes homophobes émaillent régulièrement les matchs. À tel point qu’en 2019, la ministre des Sports d’alors, Roxana Maracineanu, avait proposé que les matchs soient interrompus en cas de chants homophobes. Cette mesure, salutaire sur le papier, s’est révélée impossible à appliquer sur la durée, face à l’opposition de la Ligue et d’une partie du monde du football lui-même.
Plus récemment, lors de la dernière rencontre du PSG au Parc des Princes, la prétendue « liesse » a viré à la violence contre les forces de l’ordre, accompagnées de nombreuses insultes, qui, comme souvent, étaient majoritairement homophobes. Et ce n’est pas un cas isolé : dans l’univers du football, l’homosexualité est un tabou absolu. Combien de joueurs professionnels ont fait leur coming out en France ? Aucun en activité.
Fruit d’une double culture
Alors comment expliquer ce phénomène, qui ne touche pas ou peu d’autres sports comme le rugby ou l’athlétisme ? Pourquoi, lors des Jeux olympiques, l’ambiance n’est-elle pas du tout à l’homophobie généralisée ? Pourquoi Antoine Dupont peut-il poser en une du magazine gay Têtu sans provoquer de polémique, là où un simple badge arc-en-ciel scandalise certains footballeurs ?
« L’homophobie dans le football n’est pas un accident. C’est un système »
Il faut avoir le courage de le dire : l’homophobie dans le football est le fruit d’une double culture. Celle d’un virilisme (pour employer la terminologie des sciences sociales) exacerbé, où l’homosexuel est perçu comme l’antithèse du joueur viril, dominateur, conquérant. Une culture où la faiblesse, réelle ou supposée, est bannie, moquée, exclue. Il s’agit de la même lecture toxique de la masculinité que celle, largement présente dans le rap, où l’homosexualité est au mieux invisible et au pire moquée. On attend toujours la réaction des néo-féministes sur le sujet.
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Mais il faut aussi évoquer un autre facteur, essentiel mais délicat à aborder : le poids des convictions religieuses. Une partie importante des joueurs professionnels évoluant en Ligue 1 se revendiquent d’un islam pratiquant. Or, dans de très nombreux pays musulmans, l’homosexualité est encore un crime, parfois puni de mort. En Égypte, pays d’origine de Mostafa Mohamed, elle est officiellement niée et activement réprimée.
Le recteur de la Grande Mosquée de Paris rappelait encore récemment que l’homosexualité restait prohibée en islam. Ces convictions, lorsqu’elles s’importent dans la sphère publique française, se heurtent de plein fouet aux valeurs nationales, celles qui font la promotion de l’égalité, de la liberté, et de la dignité pour chacun, quelle que soit son orientation sexuelle.
Acheter la paix sociale
Ce choc des valeurs provoque un malaise profond, et une gêne, notamment à gauche. Les associations LGBT se taisent aujourd’hui face à cette homophobie-là. Ceux qui dénoncent largement l’homophobie lorsqu’elle est le fait de chrétiens (ce qui est de plus en plus rare) restent muets lorsqu’un joueur invoque sa foi pour refuser une action de sensibilisation. La peur de stigmatiser. La crainte de passer pour islamophobe. Et parfois, disons-le, un certain cynisme. La gauche préfère souvent détourner le regard, quitte à sacrifier ses prétendues valeurs. Cela s’appelle acheter la paix sociale.
Ce silence, cette lâcheté même, est une trahison. Trahison des homosexuels vivant dans les banlieues, en première ligne face aux violences verbales ou physiques, sans que personne ne prenne leur défense. Trahison de leurs propres valeurs, toujours si prompts à les défendre lorsqu’il n’y a aucun risque, mais bien cachés lorsqu’ils courent un risque de représailles. Trahison, enfin, du combat progressiste, qui devrait toujours être du côté des opprimés – quels que soient les bourreaux.
Il est temps d’ouvrir les yeux. L’homophobie dans le football n’est pas un accident. C’est un système. Et ce système prospère parce qu’on ne traite jamais les causes profondes. Il faut du courage pour l’affronter. Du courage pour dire que toutes les religions ne protègent pas les mêmes libertés. Du courage pour assumer que lutter contre l’homophobie, c’est parfois nommer l’ennemi, même lorsqu’il nous met mal à l’aise.
Mal nommer les choses, disait Camus, c’est ajouter au malheur du monde. Aujourd’hui, nous nommons mal. Et ce sont les homosexuels, en banlieue ou dans le monde du football qui vivent les malheurs de notre nouveau monde.
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