Promesses sincères ou vulgaire contre-feu ? Sous pression depuis l’annonce de 636 suppressions de postes dans l’Hexagone fin avril, ArcelorMittal a renouvelé, ce jeudi 15 mai, son « intention » d’investir 1,2 milliard d’euros afin de doter son usine de Dunkerque (Nord) d’un four électrique. Mais avant d’entériner ce projet, suspendu en novembre dernier et bénéficiant d’importants financements publics, l’entreprise de sidérurgie attend que les mesures de protection de l’acier européen prévues par Bruxelles entrent en vigueur.
« Le secteur affronte sa pire crise depuis 2009. En conséquence, nous avons pris la décision, il y a quelques mois, de décaler nos projets de décarbonation en Europe », rappelle la multinationale dans un communiqué. Avant de développer : « Toutefois, avec le Plan d’action européen pour l’acier et les métaux annoncé en mars 2025, ArcelorMittal est confiant dans le fait que la Commission européenne puisse mettre en place des mécanismes efficaces de défense commerciale et d’ajustement carbone aux frontières. »
Emmanuel Macron rassuré
Si le géant de l’acier n’acte donc aucun investissement formel à ce stade, l’exécutif salue une avancée positive. « Je veux rassurer les salariés […] Les dirigeants vont confirmer le fait qu’ils vont bien décarboner leurs sites en France », devançait même le président de la République, Emmanuel Macron, face à la presse régionale peu de temps avant le communiqué officiel.
« L’entreprise a réitéré un engagement industriel majeur […], un jalon décisif pour les sites français. C’est le fruit d’un dialogue constant que nous avons mené avec ArcelorMittal, les élus, les collectivités et les organisations syndicales », abonde dans un long message sur X le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, assurant que le gouvernement va poursuivre « le combat pour défendre [les] emplois » en question.
Les premiers concernés, à savoir les salariés, sont-ils aussi confiants que le gouvernement ? Pas tout à fait. « C’est de la fumisterie. Il n’y a aucune information, tout est au conditionnel dans ce communiqué. Ils cherchent à gagner du temps parce que notre mouvement monte en puissance », dénonce Gaëtan Lecocq, responsable CGT à ArcelorMittal Dunkerque.
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« Aucun mot sur le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), aucun mot sur les autres sites menacés », poursuit le syndicaliste, dont l’usine nordiste est concernée, à elle seule, par près de la moitié des suppressions de postes à venir. Dans ce contexte social tendu, le syndicat dirigé par Sophie Binet continue de marteler sa revendication principale : la nationalisation de la sidérurgie française.
Une bataille « au long cours »
Du côté des responsables politiques de gauche, le son de cloche reste le même : le combat ne fait que commencer. « Bravo aux salariés, à leur syndicat, qui, par leur lutte, ont imposé ce premier pas. Mais qu’il est loin, le bout du chemin », a ainsi réagi François Ruffin. Comme nombre de ses homologues du NFP (Marine Tondelier, Olivier Faure, Aurélien Le Coq…), le député (ex-LFI) s’était rendu dans la cité de Jean Bart lors de la manifestation du 1er-Mai pour soutenir les travailleurs concernés.
« L’État ne doit pas se contenter de cette timide annonce. Plus que jamais, la pression doit être maintenue », clame encore le parlementaire picard, pour qui la sidérurgie dans l’Hexagone et, plus largement, la lutte contre les délocalisations, sont des batailles « au long cours ».
Au Rassemblement national, bien qu’on salue une première victoire, la confiance n’est pas davantage de mise. « Il faut rester très prudent. ArcelorMittal ne s’engage pas réellement pour le moment. On a déjà connu ce genre de stratégies et d’effets d’annonce par le passé », insiste auprès du JDD le député lepéniste Frédéric Weber, fin connaisseur du dossier pour avoir vécu de l’intérieur – en tant que responsable de la CFDT – la fermeture des hauts-fourneaux de la multinationale à Florange (Moselle), en 2012.
« À l’époque aussi, le chef de l’État s’était montré rassurant, avait multiplié les fausses promesses… Alors on ne veut pas être bernés encore une fois. Il ne faut pas que Macron nous fasse une Hollande », redoute l’élu lorrain, notant que la « seule certitude » à ce stade réside… dans la « casse sociale » orchestrée par le géant de l’acier.
Un plan de licenciements massif qui, d’ailleurs, pourrait se révéler néfaste pour l’entreprise elle-même : d’après une étude interne menée par un cabinet d’expertise et dévoilée par France 3 ce vendredi, la stratégie de délocalisations – notamment vers l’Inde – d’ArcelorMittal n’est pas viable, en ce qu’elle ne « garantit ni la stabilité ni la fiabilité et peut entraîner des coûts cachés : qualité, conformité, risques juridiques ou géopolitiques ».
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