La Rivière des tribunes. Installée, comme son nom l’indique, face aux impressionnants gradins des années 1920 de l’hippodrome d’Auteuil, c’est l’une des deux difficultés emblématiques qui attendent la quinzaine d’adversaires engagés sur le Grand Steeple-Chase de Paris (départ à 16 h 05). Constituée d’un bassin précédé d’une haie, elle nécessite un saut de sept à huit mètres de long et sera franchie à deux reprises. Près des écuries, un panneau explicatif est on ne peut plus clair : « Un cheval qui ne se déploie pas assez prend le risque de se retrouver les pieds dans l’eau. Au pire, c’est la chute. Au mieux, une perte de temps. »
La seconde difficulté majeure est à consonance anglophone : le rail ditch and fence (en français : « tronc, fossé et barrière »). D’un unique bond, l’animal doit survoler un rondin couché suivi d’une tranchée avant de retomber derrière un haut buisson de bruyère. « Surnommé le juge de paix, le redouté rail ditch and fence ne pardonne pas la moindre faute d’inattention », précise un autre panneau pédagogique. Au total, 23 obstacles s’inspirant de ceux rencontrés dans la nature se dressent le long des 6 kilomètres du parcours : talus en terre, mur en pierre, double barrière…
Disputé à l’orée du bois de Boulogne, à portée de balle (de tennis) de la porte d’Auteuil, le Grand Steeple-Chase, doté de 900 000 euros dont 405 000 pour le vainqueur, est un rendez-vous majeur du calendrier hippique hexagonal au même titre que le Prix de l’Arc de Triomphe (épreuve de plat à Longchamp) ou le Prix d’Amérique (trot attelé à Vincennes). Mais son ancienneté est bien plus grande. Créé le 25 mai 1874, il s’inspire de son aîné anglais, le vénérable Grand National de Liverpool (1839).
« La vraie particularité d’un Grand Steeple, c’est la distance »
Le jour J, le spectacle est autant sur le champ de courses, labouré par les sabots qui font gicler des mottes de terre ou de la boue s’il a plu, que dans le public où se mêle une foule bigarrée d’élégants, de parieurs enragés et de simples curieux. Sur la piste, il n’est pas rare de voir un concurrent désarçonné et le cheval faire… cavalier seul. Ce qui renforce la dramaturgie de l’épreuve.
Triple lauréat (2013, 2020 et 2021), Bertrand Lestrade appartient à la catégorie des jockeys stars. Interrogé par le JDD, il explique : « On maîtrise la diversité des obstacles. La vraie particularité d’un Grand Steeple, c’est la distance, 6 000 mètres. On ne l’aborde qu’une fois dans l’année. Les courses préparatoires mesurent 4 400 mètres. »
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Installée en Mayenne, Louisa Carberry a entraîné Docteur de Ballon, auteur du doublé 2020-2021, et s’occupe désormais du champion sortant au nom prédestiné : Gran Diose (sic). Cette Anglaise parfaitement francophone raconte : « On alterne le fond et la vitesse. La distance est très longue. Il faut que le cheval soit endurant et calme, qu’il ne parte pas trop vite. Sinon, il ne pourra plus accélérer à la fin. » « On court à plus de 50 km/heure et, après le dernier obstacle, on dépasse les 60 km/heure », renchérit Bertrand Lestrade. « Ce sont quand même des prouesses sportives », insiste celui qui compte plus de mille victoires depuis le début de sa carrière.
Les sept minutes d’efforts à haute intensité que dure la compétition réclament pour les montures une préparation digne d’un sportif de haut niveau. « Ce sont des athlètes et nous sommes à la fois leur coach, leur manageur, leur nutritionniste et leur psychologue, poursuit la Mayennaise d’adoption Louisa Carberry. On les met en condition, physiquement et mentalement, pour qu’ils puissent courir. Au début, ce sont de petites courses. Au fur et à mesure, on vise plus haut. Ça dépend bien sûr du cheval. Certains ont quelque chose en eux d’exceptionnel. C’est difficile à expliquer, mais ils ont un truc en plus. C’est un peu l’œil du tigre. » À l’image de Gran Diose, « très grand, assez timide et sensible. Il est honnête, très généreux et a envie de bien faire, comme Docteur de Ballon. Ce sont des chevaux qui savent gagner », détaille son entraîneur.
Pour les jockeys, la chasse aux kilos est constante. « Il est rare qu’on puisse faire de la musculation parce qu’on doit faire attention à notre poids, résume Bertrand Lestrade. On effectue davantage des exercices cardios, du footing, du vélo. La préparation mentale entre dans les habitudes. Le Grand Steeple est une grosse échéance annuelle. On ne veut pas se louper. » À vos pronostics !
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