Le JDD. Quel était à l’origine le but du dispositif EILE (enseignements internationaux en langue étrangère) lorsqu’il a été créé et à qui s’adressait-il ?
Laure Miller. Le dispositif s’inspire de la directive européenne du 25 juillet 1977 relative à la scolarisation des enfants de travailleurs migrants. Il propose l’apprentissage, en dehors du temps scolaire, de quatre langues : arabe, turc, portugais et italien.
Ce que la directive disait à l’époque était clair : il s’agissait, vis-à-vis des enfants de migrants, de « faciliter leur réintégration éventuelle dans l’État membre d’origine ». Nous sommes en 2025, il est bien évident que nous ne sommes plus dans cette logique et que ce dispositif est dépassé. Sa philosophie même mérite d’être remise en cause et supprimée.
Combien d’élèves en bénéficient aujourd’hui ?
Il s’agit d’environ 80 000 élèves et qui choisissent pour l’écrasante majorité d’entre eux l’apprentissage de l’arabe.
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Qu’est-ce qui vous semble problématique ?
Sans remettre en cause le besoin de cultiver ses racines, d’apprendre la langue de ses parents ou grands-parents, ce n’est pas à l’État de l’organiser. Au regard du contexte de fragilisation de la cohésion nationale, comme de la nécessité de consolider l’apprentissage des savoirs fondamentaux, il y a urgence à supprimer les EILE.
« Depuis 2016, nous avons modifié le dispositif pour contrôler les professeurs qui enseignent ces langues »
Le rôle de l’école de la République, a fortiori en primaire, c’est de bâtir un socle commun de savoirs fondamentaux, pour que chaque enfant, peu importe son origine culturelle, puisse réussir. Cet objectif, loin d’être rempli à l’heure actuelle, doit être absolu et ne souffrir d’aucune nuance.
Que répondez-vous à ceux qui prétendent qu’apprendre l’arabe ou le turc dans un cadre contrôlé permet d’échapper à l’endoctrinement de cours privés ?
Je réponds deux choses : d’une part, la réalité de terrain démontre l’inverse, les islamistes savent très bien contourner le dispositif pour donner des cours en dehors de ce cadre. Par ailleurs, cet argument est gênant en tant que tel car il revient à valider le communautarisme et à l’encadrer.
Emmanuel Macron avait acté leur disparition dès 2016, avant même d’être élu, il ne l’a pas fait. Que demandez-vous à la ministre Élisabeth Borne ?
Depuis 2016, nous avons modifié le dispositif pour contrôler les professeurs qui enseignent ces langues. Mais encore une fois, on doit s’interroger sur le sens même des EILE et, comme nous le proposons, le fait de basculer le budget dédié aux EILE sur l’apprentissage de la langue française qui serait proposé aux parents d’enfants scolarisés, ne maîtrisant pas encore le français me semble mieux correspondre aux besoins de notre pays. Celui d’une meilleure intégration, pour renforcer la cohésion nationale.
Envisagerez-vous de déposer une proposition de loi si vous n’êtes pas suivie ?
L’objectif est de nous faire entendre jusqu’à sa suppression, le dépôt d’une proposition de loi peut être un levier. Cela pourrait aussi intégrer un volet 2 d’une loi séparatisme qui semble indispensable.
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