
Les partisans de l’aide à mourir le martèlent : avec des critères d’accès stricts et cumulatifs, elle ne sera qu’un ultime recours réservé à des cas exceptionnels et extrêmes. Une vidéo récemment exhumée de Jean-Louis Touraine, médecin, ancien député et figure influente du combat pro-euthanasie, jette pourtant une lumière crue sur les intentions réelles des militants de ce combat.
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Lors d’une réunion publique organisée par l’association Le Choix, le 30 novembre 2024, le député, déjà auteur d’une proposition de loi sur l’euthanasie en 2017 – expose très librement sa feuille de route : « Il faut obtenir le plus possible (dans la première loi sur la fin de vie) et surtout, une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans et dire qu’on veut étendre ça. Parce que dans la première loi, il n’y aura pas les mineurs, les maladies psychiatriques et même pas les maladies d’Alzheimer. Mais, dès qu’on aura au moins obtenu une loi pour ceux qui ont la maladie de Charcot, pour certaines formes de tumeurs généralisées, on pourra étendre les choses en disant que ce n’est quand même pas normal qu’il y ait des malades, des Français, [qui y ont droit] parce qu’ils ont telle forme de maladie et puis les autres qui n’y ont pas droit. »
Le plan est le même pour l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), qui déclarait en septembre 2022, dans un courriel adressé à ses adhérents, que révélait le JDD il y a un an : « Si nous voulons un jour prochain pouvoir bénéficier d’une loi qui permette à chacun de choisir librement les conditions de sa propre fin de vie, nous devons être astucieux et ne pas sembler excessifs […] Nous devrons accepter des concessions qui ne seront que temporaires, transitoires. Car dès lors que le principe même de l’aide active aura été voté, le front des anti-choix aura été brisé et nous pourrons enfin avancer rapidement et faire évoluer la loi vers ce que nous souhaitons tous : une loi du libre choix qui ne comporte aucune obligation pour quiconque. »
Cette vision d’une avancée par étapes trouve également un écho assumé dans les rangs du Grand Orient de France : en avril 2024, lors des débats sur le projet de la loi sur la fin de vie, son ancien Grand Maître, Guillaume Trichard, avait plaidé devant la commission parlementaire en faveur d’une ouverture explicite aux mineurs.
Une fois la brèche ouverte, les promoteurs de l’aide à mourir entendent donc bien avancer leurs pions pour faire évoluer le cadre légal. L’expérience étrangère montre en outre, que, même en dehors de toute stratégie militante, les critères s’élargissent presque naturellement, au fil des « débats éthiques », des décisions judiciaires ou des pressions sociales. Au Canada, l’aide médicale à mourir était initialement réservée aux personnes en fin de vie. Mais en 2019, la Cour supérieure du Québec a jugé ce critère trop restrictif. En réponse, la loi a été modifiée : depuis 2021, les patients dont la mort n’est pas prévisible peuvent demander l’aide médicale à mourir. Une extension aux maladies psychiatriques est d’ores et déjà envisagée. Aux Pays-Bas et en Belgique, deux pays pionniers, les élargissements successifs ont suivi le même schéma : ouverture aux souffrances psychiques, aux mineurs, voire aux enfants de moins de 12 ans dans le cas néerlandais. Un cadre légal ne résiste jamais longtemps aux forces conjuguées des revendications idéologiques, des évolutions jurisprudentielles et des ajustements parlementaires. La loi française, si elle est adoptée, ne fera pas exception.
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