
Hubert de Feydeau pratique la chasse depuis des lustres. « C’est une passion dont j’aurais beaucoup de mal à me passer. Être dans la nature fait partie de mon ADN et je la respecte au quotidien. Là où je chasse en Mayenne, dans la petite commune de Grazay, il y a très peu de lièvres et de renards, donc je ne tire pas par exemple. » En quelques mots, il résume l’avis de beaucoup des 945 000 adeptes de la chasse, répartis entre les 70 000 associations dispersées sur le territoire. S’ils déplorent être régulièrement « vilipendés » par leurs opposants, les chasseurs se revendiquent – à de rares exceptions près – « très sensibles à la biodiversité ». Les chasseurs désespèrent de convaincre enfin le grand public qu’ils sont bien loin de « tirer sur tout animal sauvage qui bouge ».
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Des revendications administratives
D’où l’initiative d’hier, lancée par la puissante Fédération nationale des chasseurs, qui a demandé à des centaines d’adhérents de se poster devant les mairies afin de présenter aux élus locaux le premier « manifeste pour la chasse ». Au-delà des « invectives incessantes d’idéologues qui souhaitent imposer à tous leur vision du monde rural », c’est-à-dire sans chasseurs, dénoncées par le président de la fédération Willy Schraen, les revendications sont également administratives. « Ce cahier de doléances, poursuit-il, vise à contrer les attaques dont nous sommes victimes. Quand ce ne sont pas des règlementations européennes hors-sol, ce sont des injonctions administratives contradictoires qui prennent le relais pour entraver la pratique de la chasse. »
« Quand ce ne sont pas des règlementations européennes hors-sol, ce sont des injonctions administratives contradictoires qui prennent le relais »
Il est par exemple très remonté contre le projet de la Commission européenne, qui vise à interdire le plomb dans les cartouches car il pollue les sols. « Il n’y a actuellement pas d’alternative sérieuse à ce type de munitions ! On a l’impression, indique-t-il, que l’Europe veut nous punir et pourquoi pas mettre fin à nos activités. »
Bonne volonté
Le manifeste propose donc onze mesures clés, parmi lesquelles la création d’une police rurale de proximité sous l’autorité de l’Office français de la biodiversité (OFB), afin de mieux surveiller les intervenants. Police qui pourrait aider à « faire face à la pression du loup » dans les campagnes, précise le document. Mais les chasseurs réclament la reconnaissance de la chasse comme patrimoine culturel à l’Unesco, « car elle participe à l’indispensable régulation française de la faune » ; et la conservation de la liberté de chasser les week-ends, les vacances, les jours fériés tout en « assurant une cohabitation sereine entre tous les usagers de la nature ».
Loin de faire retomber la pression, cet arsenal de mesures fait bondir certaines associations comme la Fondation Brigitte Bardot. Pour son égérie, « la chasse est un assassinat légal ». La directrice des affaires publiques de la Fondation, Adriana Oancea Negro, est plus nuancée ; mais elle réclame toutefois « l’interdiction de la chasse à courre voulue, selon un sondage Ifop de mars dernier, par 72 % de Français ». Adriana Oancea Negro souhaite également que soient interdites les chasses à tirs organisées à partir de lâchers d’oiseaux d’élevage comme les faisans ou les perdreaux… Revendication sur laquelle elle a plus de chances de trouver des partisans parmi… les chasseurs ! « Je suis en accord avec cette mesure, répond par exemple Hubert de Feydeau. Ceux qui pratiquent ce type d’activités de loisirs ne chassent pas. Ils effectuent du tir sur les oiseaux. Ce n’est pas du tout ma conception de la chasse. » Avec un peu de bonne volonté, chasseurs et anti-chasseurs pourraient trouver des terrains d’entente !
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