« Ouvre ton sac. » L’ordre ne souffre aucune discussion, nous obtempérons. À l’entrée de la cité du parc Kalliste, au nord de Marseille, les petites mains du trafic de stups surveillent les allants et venants. Indifférents au manège qui se joue à l’ombre des immeubles lépreux, des gamins s’amusent à courser un coq famélique.
En 2019, Édouard Philippe, alors Premier ministre, s’était rendu entre ces tours pour échanger avec des représentants d’association. Au Château en santé, un centre de santé participatif curieusement installé dans une bastide bourgeoise au cœur de la cité, on se souvient de sa venue. Sa médiatrice Habiba, 40 ans, s’anime à l’évocation du maire du Havre : « J’ai encore sa photo dans mon téléphone ! » Elle se rappelle d’un « gars sympa, pas un mot plus haut que l’autre, qui ne promet pas tout et n’importe quoi ». Sait-elle qu’Édouard Philippe est en meeting à Marseille ce week-end ? « Je ne savais même pas qu’il était candidat à la présidentielle », se marre-t-elle.
« Un gars sympa, qui ne promet pas tout et n’importe quoi »
Cette information ne semble pas non plus être parvenue aux fidèles de la mosquée Kalliste, en contrebas de la cité. À la sortie de la prière du vendredi, beaucoup n’ont même jamais entendu le nom de l’ancien Premier ministre. « Quand même, les amis, faites un effort », se moque gentiment Raba, 50 ans. Lui aussi a en mémoire la rencontre avec Édouard Philippe dans un décor Potemkine, le quartier bouclé par la police, la déambulation strictement délimitée, les promesses de faire au mieux et puis… rien, la misère a repris ses droits. « Je ne lui jette pas la pierre. Un an plus tard, il n’était même plus en poste. Mais enfin, lui ou un autre, pour nous ça ne change rien. Vous savez, on s’habitue à tout. »

Entre Delogu et Bardella
Comme à cette file de véhicules, dont plusieurs berlines, qui se rendent à l’un des « drive » de la cité. « C’est Marseille bébé ! » sourit le chauffeur de taxi qui nous conduit dans le centre-ville. La venue d’Édouard Philippe au parc Chanot ce samedi ? « J’ai lu ça quelque part. » Il a même quelques conseils à lui donner : « Ne pas se la jouer supporter de l’OM comme Macron, ça sonne faux ! » Youssef craint toutefois que le nom du patron d’Horizons soit trop associé à celui du président de la République. « Et puis, ici c’est différent. Au nord, ça vote Delogu, ailleurs le RN. Il n’y a pas beaucoup de place pour le reste », poursuit cet ancien Parisien installé à Marseille.
Lors des élections européennes, en effet, la liste de Jordan Bardella a récolté 30 % des voix, suivie par celle de l’Insoumise Manon Aubry, 21 %. Pour le député RN Franck Allisio, probable candidat aux municipales dans la cité phocéenne, Édouard Philippe ne parviendra pas à se détacher de l’étiquette de continuateur d’Emmanuel Macron, « dont le nom évoque ici le souvenir de promesses envolées ». Une critique éculée, selon Bruno Gilles, responsable de Horizons à Marseille et ancien sénateur LR : « Il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir qu’Édouard porte un projet différent de celui du président. »
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Comme saint Thomas, Hugues ne croit que ce qu’il voit. Avant de se rendre au stade Vélodrome pour le dernier match de la saison de l’OM face à Rennes, ce jeune retraité rencontré sur le Vieux-Port passera peut-être une tête au parc Chanot pour écouter ce que l’ancien Premier ministre va dire. Lecteur attentif de La Provence, il a retenu sa promesse d’un « programme massif » : « J’attends de voir. »
Marquer son ancrage à droite
Il va falloir patienter encore un peu. Édouard Philippe prévoit de dévoiler ses propositions après les municipales de 2026. En attendant, le Normand veut marquer les esprits ce samedi lors du troisième congrès interrégional de son parti. Au programme, les thèmes de l’autorité et de la justice. Le maire du Havre marque son ancrage à droite et annonce le retour des peines planchers pour les délinquants récidivistes, instaurées à l’époque par Nicolas Sarkozy. De l’intransigeance sur les questions d’ordre et d’autorité ? « À Marseille, on en a grand besoin », plaisante un soutien du Havrais en sirotant un perroquet.
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