
C’est à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane, à 7 000 kilomètres de Paris, que le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé au JDD la construction d’une prison hors norme de 500 places, afin d’accueillir les narcotrafiquants et détenus radicalisés. « J’ai décidé d’implanter en Guyane la troisième prison de haute sécurité de France. Soixante places, un régime carcéral extrêmement strict et un objectif : mettre hors d’état de nuire les profils les plus dangereux du narcotrafic ». La prison guyanaise ouvrirait d’ici 2028. Un projet qui, bien que radicalement différent dans son objectif et son cadre, ne manque pas de raviver le souvenir d’un bagne ayant marqué l’histoire de la Guyane : le bagne de Cayenne.
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Cayenne, ancienne colonie pénitentiaire
Car c’est en Guyane française qu’en 1854, Napoléon III décide de créer un bagne pour maintenir en réclusion les criminels et prisonniers politiques de l’empire français. Plus de 3 000 « déportés » politiques, condamnés au bagne sur la « terre de la Grande Punition »,y seront transférés.
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Néanmoins, dès la Révolution française, Cayenne accueille des proscrits royalistes, arrêtés lors du coup d’État du 18 Fructidor (4 septembre 1797). La Guyane devient alors un lieu de déportation pour les opposants politiques aux différents régimes révolutionnaires qui se succédèrent en France. Puis vient Bonaparte et le rétablissement de l’esclavage (1802) : grâce aux plantations agricoles et aux esclaves, la Guyane connaît alors un essor économique. Après quelques années de déshérence, le territoire, annexé par le Portugal, retourne à la France en 1814. À la suite de l’abolition de l’esclavage (1848), le prince Louis Napoléon décide en 1852 d’y établir une colonie pénitentiaire. L’objectif : soulager les bagnes des ports métropolitains, tels que Rochefort, Brest et Toulon, et contribuer au développement économique de la région en peuplant la colonie.
Le dernier convoi de « transportés » partira en 1938, à la chute du Front populaire, avant que le bagne de Cayenne ne soit officiellement scellé. Sa fermeture effective n’interviendra qu’en 1946, quand la colonie deviendra un département d’outre-mer de la République française.
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Les conditions de détention dans le bagne de Cayenne
En tout, près de 70 000 hommes et femmes y furent enfermés, dans des conditions de détention des plus hostiles. À Cayenne, les bagnards sont astreints à des travaux forcés. En 1867, le taux de mortalité est tel parmi les « transportés » européens que le bagne sera exclusivement réservé aux condamnés des colonies, ceux de la métropole étant envoyés en Nouvelle-Calédonie, avant que les condamnés européens retrouvent le chemin de Cayenne, 20 ans plus tard, en 1887.
Dans les années 1920, le journaliste Albert Londres, se rendant sur place, dénonce les conditions d’incarcération misérables des détenus. « Ici, morts vivants, dans des cercueils – je veux dire des cellules -, des hommes expient, solitairement », écrit-il devant des cachots de quatre mètres carrés. De 1852 à 1938, c’est là (à Saint-Laurent) que débarquaient les forçats venus de métropole, souvent pour ne jamais en repartir.
2025 : la France en guerre contre le narcotrafic
Quant au nouvel établissement pénitentiaire promis par Gérald Darmanin, il s’agirait d’une prison sous haute surveillance régie par le nouveau cadre légal voté dans la loi contre le narcotrafic.
« Ma stratégie est simple : frapper la criminalité organisée à tous les niveaux ». « Ici, au début du chemin de la drogue. En métropole, en neutralisant les têtes de réseau. Et jusqu’aux consommateurs. Cette prison sera un verrou dans la guerre contre le narcotrafic », a annoncé le garde des Sceaux. Depuis sa nomination place Vendôme, Gérald Darmanin fait de la lutte contre le narcotrafic « une priorité absolue ». Ce « fléau » qui « alimente le monde (et) gangrène (les) institutions » françaises est pour lui « une question de justice », tranche-t-il, mais aussi « de souveraineté ».
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