Après sept mois de compétition acharnée, Maxime Pierens a encore du mal à réaliser qu’il vivra la plus folle journée de sa vie d’arbitre samedi prochain au Stade de France. « Je vais participer au stage de préparation des arbitres qui vont officier pour cette finale et on va me remettre mon trophée sur la pelouse avant le coup d’envoi. Je vis un rêve éveillé. » La belle histoire pour cet ancien gardien de but, qui s’apprête à boucler sa sixième saison en Départementale 2 – l’équivalent de la 10e division – dans le district de Haute-Savoie-pays de Gex.
À raison d’une rémunération de 71 euros en moyenne par rencontre, et comme 70 % des arbitres amateurs, ce technicien-chimiste de 39 ans officie seul chaque week-end. Sa victoire, devant des officiels bien plus expérimentés que lui, a de quoi surprendre. « Maxime incarne pleinement la passion et l’engagement de l’arbitre amateur, explique le superviseur qui l’a désigné vainqueur. Il prend son sac, va à la rencontre des clubs, sans arbitres assistants, et fait vivre le football avec rigueur et passion. Sa victoire met en lumière ces arbitres de l’ombre qui, par leur constance et leur dévouement, sont les piliers de nos compétitions. »
Le 30 septembre dernier, ils étaient 4 674 sur la ligne de départ de la troisième édition de la Coupe de France des arbitres La Poste*. Après une première sélection via une série de quiz sur les lois du jeu, 32 d’entre eux ont accédé à la deuxième phase : des duels à distance en matchs officiels dans leurs championnats respectifs jugés par des observateurs en tribunes.
Sa victoire met en lumière les arbitres de l’ombre
Perception du jeu, prise de décision mais aussi gestion du stress et des relations avec les joueurs et les spectateurs, la pression pour gravir les échelons jusqu’en finale était permanente. « Je suis d’un naturel très calme, c’est un atout, ajoute Maxime. Le plus dur, c’est le doute, avec lequel il faut apprendre à cohabiter, mais aussi avoir la bonne attitude pour appréhender tout ce que l’on entend autour des terrains. »
Selon l’observatoire des comportements, plus de 12 000 incidents ont été recensés l’an passé lors des 600 000 matchs de football amateur sur le territoire. Dans près de la moitié des cas, il s’agit de propos injurieux et de menaces envers un joueur ou un arbitre. « Cela m’est arrivé, me confie Maxime. Je ne vais jamais faire de surenchère, cela décuple la frustration de ces supporters énervés. Je reste dans ma bulle et je fais redescendre la tension. »
La suite après cette publicité
Fin mars, après un match de Régional 3 des moins de 17 ans dans les Hauts-de-Seine, un officiel de 19 ans a été séquestré dans son vestiaire. Début février, à Dammarie-les-Lys, Seine-et-Marne, une vingtaine d’individus cagoulés ont fait irruption à la mi-temps pour agresser les joueurs de l’équipe adverse de Meaux.
Face à cet ensauvagement qui gangrène le monde des amateurs, la FFF a équipé les arbitres de petites caméras dans des zones pilotes sensibles comme le Vaucluse ou la Loire. Un essai concluant. « C’est à la fois un instrument de dissuasion et de preuve pour lutter contre ces violences, précise Philippe Diallo, le président de la FFF. La saison prochaine, je voudrais étendre l’expérience à 20 ou 25 districts. » En attendant, samedi prochain, au soir de ce PSG-Reims, Maxime compte sur la magie de la Coupe pour achever en beauté son conte de fées.
*Dont 209 femmes. Le plus jeune arbitre engagé avait 14 ans, le doyen 57 ans.
Source : Lire Plus





