Vingt-quatre heures après son triomphe, avec 74,31 % des voix, le nouveau président des Républicains n’en revient toujours pas. « Je tablais sur un score autour de 58-60 % », confie Bruno Retailleau, pas encore totalement dégrisé. Surpris mais déjà à la tâche, le Vendéen sait parfaitement où il va. Pour ouvrir une nouvelle page, il faut de nouvelles têtes. À charge pour Jean-François Dejean, fidèle parmi les fidèles, élu des Sables-d’Olonne et jusqu’ici conseiller spécial du ministre à Beauvau, d’assurer la promotion d’une nouvelle génération d’élus au sein du parti en sa qualité de directeur général des Républicains.
À l’image de François-Xavier Bellamy qui l’avait déjà soutenu lors de son duel avec Éric Ciotti, Retailleau compte s’appuyer sur ceux qui ont contribué à faire vivre la dynamique de sa campagne. Quant à Laurent Wauquiez qui, malgré un score « humiliant », selon les termes d’un de ses proches, n’a pas hésité à lui (re)faire la leçon sur le risque d’être « dilué dans le macronisme »… il n’aura rien. « Quand on gagne, on gagne tout, quand on perd, on perd tout ! » tranche un proche du nouveau maître des Républicains.
« Tout », pour Bruno Retailleau, c’est d’abord le choix de cumuler la présidence du parti et le ministère de l’Intérieur, précisément, n’en déplaise à Laurent Wauquiez. Cette question « a été tranchée par les adhérents », assène Retailleau sur le plateau du « 20 heures » de TF1 au soir de sa victoire.
Cumuler la présidence du parti et le ministère de l’Intérieur
Convaincu que le retour aux affaires de la droite a largement contribué à remobiliser des sympathisants honteux depuis le score famélique de Valérie Pécresse à la présidentielle (4,78 %), Bruno Retailleau se retrouve conforté dans son choix. Les victoires aux élections partielles de Boulogne-Billancourt ou dans la 2e circonscription du Jura, ainsi qu’à la municipale de Ville neuve-Saint-Georges, semblent lui donner raison. Là où Laurent Wauquiez continue d’affirmer que le maintien au gouvernement des Républicains les affaiblit, Bruno Retailleau y voit l’entretien de leur musculature en vue de 2027.
L’influence des Républicains renforcée
Emmanuel Macron et François Bayrou ne s’y trompent pas. Eux qui se sont tous deux fendus d’un SMS au vainqueur dès le soir de sa victoire. Le Premier ministre, un brin flagorneur, salue une « magnifique victoire », complétée par le baiser du serpent : « Les Français engagés souhaitent, je le crois, que nous fassions cause commune pour sortir, autant que possible, notre pays des difficultés qu’il traverse. » Une déférence qui illustre à quel point les 74,31 % lestent le poids politique du ministre de l’Intérieur et modifient le rapport de force au sein de l’exécutif.
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Quand Gabriel Attal, patron de Renaissance, a fait le choix de l’extérieur, l’intronisation comme président de parti de Bruno Retailleau renforce l’influence des Républicains au sein d’un gouvernement composite. D’autant que les députés du groupe à l’Assemblée, légitimistes et prévoyants, vont désormais suivre, le doigt sur la couture du pantalon, les directives du nouveau chef qui a déjà à sa main les sénateurs. La supplique de François Bayrou à l’endroit de Retailleau offre à ce dernier une plus grande latitude pour imposer ses vues, sur le dossier algérien, sur la politique migratoire, sur le virage sécuritaire… Compliqué à gérer pour le Premier ministre et, contre toute attente, confortable pour l’Élysée.
« Les adhérents LR ont massive ment validé l’arrimage des Républicains au socle commun et au gouvernement, c’est ce qui pouvait nous arriver de mieux », confie un proche du président de la République. La victoire de Laurent Wauquiez, partisan du pistolet sur la tempe, aurait pu provoquer l’explosion de la fragile majorité à laquelle Emmanuel Macron s’accroche pour maintenir un semblant de stabilité et de calme envers des Français encore amers du bazar de la dissolution.
C’est toujours ça de pris. Pour le reste, l’Élysée devra composer, lui aussi. Dès ce mercredi, lors du Conseil de défense consacré au rapport sur l’entrisme des Frères musulmans, auquel le ministère de l’Intérieur travaille depuis des semaines. Bruno Retailleau tient à ce que son contenu, aussi exhaustif qu’inquiétant, soit rendu public, là où le président préférerait que n’en soit publiée qu’une version partielle. « Le poids de sa parole sera plus influente », concède t-on du bout des lèvres au palais.
Le plan est aussi audacieux que casse-binette
Bruno Retailleau se retrouve donc, d’une certaine manière, dans la position favorable d’avoir entre les mains la liberté de choisir. Rester au gouvernement et y demeurer aussi longtemps qu’il le jugera profitable à sa famille politique et à son destin personnel. Pour Franck Louvrier, maire de La Baule et ancien conseiller communication de Nicolas Sarkozy, l’intérêt du ministre est de le rester le plus long temps possible. « Les Français et a fortiori vos électeurs veulent vous voir aux responsabilités. En 2007, nous avions rapidement tranché la question, Nicolas Sarkozy est resté ministre de l’Intérieur jusqu’au der nier moment », rappelle Louvrier, ne quittant Beauvau que le 26 mars, à moins d’un mois du premier tour, le 22 avril suivant.
Sur les mêmes rails que Sarkozy en 2007
Quand certains autour de lui plaident pour une sortie rapide, par exemple à l’occasion du vote du budget, en cas de hausse d’impôts, Bruno Retailleau, selon nos informations, se place bien sur les mêmes rails que Sarkozy en 2007. Rester le plus long temps possible. Brice Hortefeux, lui aussi fidèle de l’ancien président et soutien de toutes ses batailles, est sur cette ligne, quitte à pousser la logique encore plus loin, en cas de départ de François Bayrou.
« Retailleau devrait alors postuler pour Matignon, développe l’ancien ministre de l’Intérieur. Il y aurait un intérêt à accroître sa légitimité institutionnelle, reléguant au second rang les Darmanin, Attal, Borne, voire Philippe. » Quant à la jurisprudence selon laquelle la position de Premier ministre sortant plombe une candidature à la présidentielle, Hortefeux relativise : « Retailleau serait un Premier ministre de cohabitation, et donc dans la distinction par rapport à Macron. » Le plan est aussi audacieux que casse-binette, nul doute que Bruno Retailleau y réfléchit déjà, sans le dire. Avançant, fidèle à son rythme, « colline après colline ».
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