La Croisette s’amuse et l’équipe de « C à vous » se trémousse. Le déhanché d’Anne-Élisabeth Lemoine est démonstratif, celui de Patrick Cohen est plus emprunté. L’émission s’est délocalisée à Cannes le temps du festival. Prestigieux, mais pas si confortable… Sur l’immense plateau extérieur, Babeth, transie de froid, s’emmêle dans ses fiches et Patrick peste contre les bruits de klaxons qui perturbent sa chronique… Plus que les petits ratés, ce sont les images des coulisses festives qui crispent et provoquent des commentaires cinglants. Pourquoi tant de hargne à l’encontre d’une émission qui ne fait que remplir sa mission ? Parce que « C à vous » est un fleuron de l’audiovisuel public et qu’elle cristallise les griefs qui le ciblent : entre-soi satisfait, pluralisme minimal, humour à sens unique, coûts faramineux…
Ce n’est qu’un nouvel épisode d’une semaine bien chargée. Elle a commencé avec la queue de comète de la polémique Thierry Ardisson : l’ancien animateur a présenté ses excuses après une comparaison malheureuse entre Gaza et Auschwitz sur le plateau de « Quelle époque ! », samedi soir sur France 2. Mardi, sur la même chaîne en prime time, le documentaire Aux Origines, l’esclavage, dans lequel six personnalités, dont JoeyStarr, partaient sur les traces de leurs ancêtres esclaves, fait un bide spectaculaire, avec seulement 827 000 téléspectateurs.
En parallèle, la polémique du comté, ciblé dans une chronique de « La Lutte enchantée », l’émission écolo de France Inter, se poursuit : Emmanuelle Ducros remet les pendules à l’heure sur Europe 1, emboîtant le pas à Jean-Paul Pelras. Dans sa chronique du Point, ce dernier a encore une fois enfourché son cheval de bataille pour dézinguer la place que le service public accorde à des écologistes aussi radicaux que hors sol, qui s’en donnent à cœur joie, sans contradicteur, dans l’agribashing…
Mercredi, Le Canard enchaîné avance que le livre à charge sur Jean-Luc Mélenchon lui aurait été transmis avant parution par une taupe de France Inter, tandis que Rachida Dati est vivement interpellée sur sa réforme de l’audiovisuel public lors des questions au gouvernement. Le même jour, Delphine Ernotte, patronne de France Télévisions depuis dix ans, est reconduite par l’Arcom pour un troisième mandat de cinq ans. Une performance inédite, malgré un bilan contesté : le dernier budget adopté pour 2025 est en déficit pour la première fois depuis neuf ans. L’essentiel est peut-être de représenter « la France telle qu’on voudrait qu’elle soit » et non telle qu’elle est, comme elle l’avait assumé lors d’une audition à l’Assemblée en 2023. Dès son arrivée à la tête de France Télévisions, la dirigeante avait annoncé la couleur – si l’on peut dire : sa mission était de transformer une télévision d’« hommes blancs de plus de cinquante ans ».
Mixte et paritaire ?
Côté radio, le service public a pris de l’avance : « En marge », émission de France Inter durant laquelle Giulia Foïs – mélenchoniste revendiquée – « se balade sur les frontières du genre… », est bien peu paritaire : tous les invité(.e.)s d’avril et mai sont des invitées. France Info est bien plus équilibrée dans son interview quotidienne de 8 h 30… si l’on s’en tient au nombre de femmes et d’hommes, car sur le plan politique, les invités du 12 au 18 mai vont de Sandrine Rousseau à Clément Beaune, en passant par François Hollande. En remontant le temps, on ne sort guère de l’arc allant de l’extrême gauche au macronisme : Nathalie Loiseau, Lucie Castets, Sophie Binet… Le 9 mai, on trouve toutefois un député RN, Laurent Jacobelli… Il faut remonter jusqu’au 28 avril pour un second, Jean-Philippe Tanguy ! On songe au documentaire de Salhia Brakhlia, qui mène cette interview en tandem : consacré aux coulisses de cette interview matinale, lors de la présidentielle de 2022, il se voulait un éloge du « service public » éponyme, chevillé au corps de cette rédaction, mais dévoilait, sans doute involontairement, sa partialité…
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Pourquoi ceux qui alertent sur l’impact sur la liberté de tous n’auraient-ils pas voix au chapitre ?
Elle est plus habile chez Patrick Cohen, qui a paru quelque peu fatigué de la chronique politique ces derniers temps, la délaissant plus fréquemment pour des sujets d’histoire ou de société. C’est le cas vendredi : sur France Inter, en duplex depuis Cannes, il s’attaque aux religions qui « font front commun contre l’aide active à mourir ». Comme d’habitude, c’est de la belle ouvrage : précis, travaillé, mené tambour battant – ce qui sert parfois le côté péremptoire du propos. C’est aussi biaisé comme souvent, et c’est précisément ce que l’éditorialiste reproche au texte commun publié par les représentants de six religions qui alertent sur l’euthanasie. En disant en creux que « la vie ne nous appartient pas », ils sont accusés d’une forme d’hypocrisie, opposant des raisons religieuses « sans le dire », pour « interdire aux non-croyants de penser leur mort comme un choix ».
Imparable, point final, on enchaîne. Mais si l’on s’arrête un instant, on ne comprend pas bien quelle approche auraient dû adopter les religions ? « Imposer leurs dogmes »… et se le voir reprocher ? Se taire tout simplement ? Qui définira ce qui est un dogme et ce qui n’en est pas un ? Qu’est-ce que la défense par Patrick Cohen de la liberté « absolue » de maîtriser la vie « jusqu’au bout » ? Pourquoi ceux qui alertent sur l’impact sur la liberté de tous n’auraient-ils pas voix au chapitre ? Patrick Cohen a consacré son édito du 24 avril à saluer Pierre Cousein, 48 ans, souffrant de la maladie de Parkinson depuis dix ans, mort ce jour-là comme il l’avait planifié, en Belgique – l’évolution de la loi française actuellement discutée ne l’aurait pas concerné. Seule cette sympathie peut-elle s’exprimer dans les chroniques de la première matinale de France ?
C à nous
Tout n’est pas à jeter et le week-end se prête à respirer : c’est « Répliques » sur France Culture le samedi matin, Alain Finkielkraut reçoit Giuliano da Empoli ; c’est aussi l’exploration savoureuse des polars et autres « Mauvais genres » le soir par François Angelier ; c’est théâtre au menu ce dimanche sur France Inter dans « Le Masque et la plume »… même si l’émission a perdu de son sel depuis que Jérôme Garcin a passé la main, entraînant le départ d’Éric Neuhoff. Ce sont enfin certains documentaires d’Arte, qu’on peut toujours voir en ligne, tel l’excellent Opération Barbarossa, en deux volets. Autant de contenus qui permettent d’échapper au consternant spectacle de l’Eurovision… et aux polémiques associées, alimentées par des élus LFI qui ont ciblé la participation d’Israël. Ont-ils été chauffés par la Chanson pour la Palestine, proposée par Charline Vanhoenacker, jeudi sur France Inter ?
Dans ce tube chanté – faux – en duo avec Frédéric Fromet sur France Inter, elle a ciblé le pouvoir israélien (« En boucherie, j’éclate El Assad ») sans même s’attirer un rire poli de soutien. Le reste de l’humour de service public est à l’avenant : motivant à l’heure de remplir sa déclaration d’impôts… Vous ne payez plus formellement de redevance, mais c’est toujours votre argent qui finance cette souffrance.
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