Donald Trump n’aime pas trop les voyages officiels. Sur le tapis rouge, il rêvasse en écoutant la musique. Il s’ennuie vite. Il était heureux de se montrer à Notre-Dame dans l’euphorie de sa victoire, pour narguer ceux qui l’avaient trop vite enterré. Il a aussi assisté aux obsèques du pape François pour que Joe Biden, qui se proclamait son ami, soit relégué au dernier rang. Mais il a attendu quatre mois pour son premier voyage. Il l’a réservé à l’Arabie saoudite. Comme lors de son premier mandat.
En mai 2017, il avait refondé l’alliance stratégique des États-Unis avec le royaume. Obtenant la fin du soutien au djihad mondial en jurant de maintenir l’Iran la tête sous l’eau. Cela signifiait la fin de l’accord sur le nucléaire iranien en échange d’une révolution culturelle en Arabie. Pari gagné et alliance baroque avec Mohammed ben Salmane.
En mai 2025, il fait mieux. À Ryad, il a redéfini la politique étrangère des États-Unis. Son discours est un réquisitoire contre tous les « soi-disant bâtisseurs de nations, les néoconservateurs ou les organisations progressistes qui ont dépensé des milliers de milliards de dollars pour ne pas développer Kaboul, Bagdad et tant d’autres villes ». C’est promis, l’Amérique se gardera désormais de dire aux autres nations « comment vivre ou gouverner » et Donald Trump « ne regardera pas dans l’âme des dirigeants ». Il respectera le génie propre au monde arabe : « La paix, la prospérité sont finalement venus non pas d’un rejet radical de votre héritage mais plutôt en embrassant vos traditions nationales et cet héritage que vous chérissez tant… »
Que l’Amérique abandonne son zèle missionnaire constitue un tournant pour le Moyen-Orient. Le président a mieux à faire que de scruter les âmes : faire les poches de ses hôtes. Il a récolté 600 milliards de dollars des Saoudiens, 200 milliards pour Boeing au Qatar et 1 400 milliards d’investissement sur dix ans des Émirats arabes unis. Des contrats présentés comme des victoires en or mais qui valent ce que valent les promesses. Donald Trump parle d’une tournée « historique » qui pourrait « rapporter, au total, de 3 500 à 4 000 milliards de dollars ». Ce sont les comptes des Mille et Une Nuits. Avec pour tapis volant, un Boeing 747 offert par le Qatar et aménagé comme un Relais & Châteaux.
Parler de conflit d’intérêts serait un euphémisme. Le mélange des genres est le cœur du métier des deux fils du président. Donald Junior et son cadet Eric sont les fondés de pouvoir de la firme familiale. À la veille de l’élection de leur père, ils ont lancé World Liberty Financial, une entreprise de cryptomonnaie. Cousue d’or et de fil blanc. Leurs associés sont les deux fils de Steve Witkoff, devenu l’émissaire de confiance du président dans toutes les crises. Le monde de Trump est petit. Comme celui des émirs du Golfe. Ils s’y retrouvent, ils ne sont pas dépaysés. À la veille de la visite officielle, les fils Trump leur ont rendu visite. Une ruée vers l’or : Dubaï aura sa Trump Tower. Le Qatar, un golf. L’Arabie, un programme immobilier de luxe. Abou Dhabi injecte 2 milliards de dollars dans la société de cryptomonnaie familiale. Même l’ancien chef d’Al-Qaïda et de Daech qui règne désormais sur Damas envisage d’y construire une Trump Tower. Le projet a amélioré la réputation d’Ahmed al-Charaa auprès du président qui lui a serré la main à Ryad et s’apprête à lever les sanctions contre la Syrie.
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Le New York Times a enquêté, en vain. Il s’avoue incapable de chiffrer les bénéfices engrangés par la firme familiale depuis l’élection du patriarche. Le silence est d’or.
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