Le JDNews. Vous observez depuis un certain moment la politisation de l’audiovisuel public. Y a-t-il eu, selon vous, un événement déclencheur qui rend cette dérive particulièrement visible aujourd’hui ?
Gilles-William Goldnadel. La politisation – ou plutôt, devrais-je dire, l’idéologisation – de l’audiovisuel de service public ne date pas d’hier. C’est un phénomène ancien, profondément enraciné. Ce qui change aujourd’hui, c’est que ce sujet est désormais mis sur la table. La critique de ce système est devenue publique. Cela s’explique par de nombreux facteurs.
Il y a bien sûr le rôle des réseaux sociaux, qui ont cet immense avantage : ils bousculent l’idéologie de gauche, ce qui explique sans doute pourquoi ils la dérangent autant. Les réseaux sociaux ont aussi largement contribué à briser le monopole de l’information. Ils jouent un rôle de décodeur critique, et c’est précisément pour cela qu’on parle enfin de ces dérives. J’assume pleinement mon obsession de dénoncer la mainmise de l’idéologie gauchisante sur ce que j’appelle l’« odieux visuel de sévice public ».
Quels exemples vous amènent à penser que le service public ne remplit plus sa mission d’impartialité ?
Je considère que France 2 est, dans l’ensemble, bien moins critiquable que les radios publiques – en particulier France Inter, France Info, RFI et France 24. J’essaie d’être juste. Si l’on prend France Inter, par exemple, on ne peut ignorer la sociologie des journalistes, qui joue évidemment un rôle central dans l’orientation idéologique de la radio.
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Pourtant, les journalistes de ces rédactions ne sont vraiment pas des militants engagés…
Beaucoup de journalistes ne sont ni encartés dans des syndicats ni affiliés à des partis politiques, et pourtant, sociologiquement, souvent sans même en avoir pleinement conscience, ils véhiculent l’idéologie dont je parle. Je ne critique pas uniquement l’information. Je ne critique pas seulement les humoristes, ceux qui ont l’humour, comme je dis, « à sens inique ».
« Mon ire par rapport à France Inter vient du fait que c’est moi qui la paye »
Il y a aussi des émissions comme « Zoom Zoom Zen » ou « La Terre au carré » qui diffusent chaque jour l’idéologie de gauche. Je pense, par exemple, à Ali Baddou interviewant l’écrivain François-Henri Désérable à propos de son livre sur Che Guevara et le présentant comme un saint : il suffit de lire Dix faces cachées du communisme du grand Kersaudy pour se persuader qu’il mérite le surnom que lui ont donné les Cubains de « petit boucher ».
Face à ce constat, qu’est-ce que vous proposez ?
Mon ire par rapport à France Inter vient du fait que c’est moi qui la paye. Si elle n’était pas subventionnée par le fisc, ça me serait totalement égal. Je ne serais pas du tout dans la même critique obsessionnelle. Mais il s’agit d’une radio – je ne veux pas dire « d’État » –, d’une radio nationale que nous subventionnons. C’est ce qui me rend exigeant.
En raison de cette subvention, France Inter et les autres sont astreints à un cahier des charges plus exigeant en matière de neutralité et d’objectivité que les radios et télés privées. Or, l’autorité de tutelle est infiniment moins exigeante et observante à l’égard du public qu’à l’égard du privé. Je l’observe à travers les sanctions de l’Arcom, pour ne vous prendre que cet exemple-là. Pour moi, il n’y a qu’une seule solution : la privatisation.
Invité sur France 2, Thierry Ardisson a jugé que les conditions à Gaza rappellent celles des camps de concentration, comme Auschwitz…
Je connais Ardisson depuis des années. Il m’a donc appelé. Au début, je n’ai même pas voulu lui parler, tant j’étais révulsé. Il a insisté et j’ai fini par décrocher. Il m’a expliqué qu’il était vraiment très ému, qu’en réalité, c’est le médecin prétendument humanitaire Raphaël Pitti qui l’avait, d’une certaine manière, induit en erreur.
Il ne savait pas qu’il s’agissait en réalité d’un militant engagé qui, je le rappelle, « admire » le ministre de la Santé du Hamas qu’il considère comme un mouvement de résistance et qui avait osé comparer Gaza au ghetto de Varsovie… juste après le 7-Octobre. Je ne suis pas un grand adepte du pardon chrétien, mais au moins, Ardisson a demandé pardon. Ce qui est incroyable, c’est que cette émission n’était même pas en direct. Et pourtant, les syndicats maison n’ont absolument pas réagi, ni Léa Salamé d’ailleurs.
Pouvons-nous parler d’une « grande peur » des bien-pensants ?
Je trouve l’expression trop aimable. En réalité, c’est la grande rage de ceux qui ont perdu à la fois le monopole de la sainte parole médiatique et leur réputation d’intelligence. Il ne reste plus à ces journalistes de gauche que leur pouvoir d’intolérance et d’exclusion et le monopole qu’ils conservent sur l’audiovisuel de service public – un monopole auquel ils ne sont manifestement pas prêts à renoncer. Ils rient entre eux, se charrient, plaisantent ouvertement à ce sujet quand on les écoute.
Sur des thèmes comme l’écologie, le multiculturalisme ou encore l’environnement, que constatez-vous dans le traitement proposé par les antennes du service public ?
Lorsque vous écoutez sur Inter « La Terre au carré », par exemple, vous voyez immédiatement qu’il y a là aussi un monopole de la pensée. Il est impossible de s’écarter d’un iota des positions officielles du GIEC sans être aussitôt taxé de climatosceptique. Vous ne les entendrez jamais critiquer Greta Thunberg ! Le racisme anti-blanc ? Il n’existe pas ! Le féminisme, lui, s’accommode très bien de l’oubli de la présomption d’innocence quand il s’agit des hommes.
Sur tous ces sujets, le wokisme est indiscutable et indiscuté. Les excès du trumpisme ont eu un effet inattendu : après le choc des élections, ils offrent à la gauche extrême du service public une belle occasion de reprendre des forces. Car, désormais, il n’y aurait plus que deux diables sur terre : Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Le Hamas, lui, n’est absolument pas perçu comme tel. Ce n’est pas un groupe terroriste : pour eux, ce sont des « islamistes ».
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