
«Quand ils ont nié le pogrom du 7 octobre, je me suis tu : je n’étais pas israélien. Quand ils ont caricaturé Hanouna avec des traits antisémites, j’ai laissé passer : ce n’était qu’un dessin. Quand ils ont invité un terroriste à l’Assemblée, je n’ai rien dit : ce n’était qu’un débat. Et quand l’antisémitisme est revenu par la gauche, il ne restait plus personne pour protester. » Songeons à cette adaptation de la célèbre citation du pasteur Martin Niemöller. Car aujourd’hui encore, quand l’antisémitisme frappe, beaucoup détournent les yeux. Et d’autres, plus graves encore, détournent le sens.
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La scène s’est rejouée hier, après la fusillade de Washington. Deux employés de l’ambassade d’Israël abattus de sang-froid par un homme qui, une fois interpellé, hurle : « Free Palestine ». Quelques heures plus tard, le député insoumis Thomas Portes publie ce même message, en majuscules, sur les réseaux sociaux. Pas un mot sur les victimes. Pas un mot sur l’horreur. Puis il efface son tweet. Trop tard : la trace est là. Quand un assassin crie « Free Palestine » après avoir tué deux Juifs, et qu’un élu de la République prolonge ce cri, sans un soupçon de distance, faut-il encore parler de maladresse ? Imagine-t-on un député tweeter « Allah Akbar » après la tuerie du Bataclan ?
Comme si l’abjection ne suffisait pas, il a été rejoint par son camarade Éric Coquerel. Interrogé sur la fusillade, il n’évoque ni les victimes, ni l’antisémitisme, ni même la réalité des faits. Sa première réaction ? « Il faut très rapidement que s’arrête le génocide en cours à Gaza. » Sous-entendu glaçant : si des Juifs sont tués, Israël en porte peut-être la responsabilité. Ce n’est que plus tard, du bout des lèvres, qu’il condamne les meurtres.
Voilà où en est La France insoumise. Non seulement incapable de dénoncer une attaque antisémite sans y glisser un mais, mais toujours prompte à la contextualiser, à la renvoyer dos à dos, à inverser les coupables et les victimes. Ce n’est pas un dérapage. Ce n’est pas un excès de langage. Ce n’est plus un accident. C’est une ligne. Une stratégie glaçante. Il faudrait une matinale entière pour dresser l’inventaire complet de cette dérive antisémite.
Une partie de la gauche a troqué l’universalisme pour la reddition communautaire
La classe politique commence à peine à entrouvrir les yeux. Trop tard. Trop timidement. On pense encore aux alliances de l’été dernier, et ce malgré une dérive déjà bien entamée. Dernier exemple en date : ce rapport explosif sur l’entrisme des Frères musulmans en France. La réaction de LFI ? Toujours la même. Inverser l’accusation, crier au fantasme, enfiler le costume de la victime.
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Dans une note de blog, Jean-Luc Mélenchon balaie les alertes d’un revers de main. Il écrit «ne pas croire aux fantasmes complotistes» sur la mouvance frériste. Avant d’oser une comparaison aussi hasardeuse que scandaleuse : «Après “le complot juif” des années 30, voici le “complot musulman”». Le renversement est total. L’indignité aussi.
Alors qui laisse faire ? Qui regarde ailleurs ? Une partie de la gauche, qui a troqué l’universalisme pour la reddition communautaire. Une partie des élites, politiques, médiatiques, culturelles, sidérées à l’idée de nommer ce qui fâche. Mais à force de confondre prudence et lâcheté, ils deviennent les complices d’un basculement dont ils seront, tôt ou tard, les victimes. Et alors, comme le disait Niemöller, il ne restera plus personne pour protester.
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