
« Mon fils était adjudant-chef au 3ᵉ RPIMA. En 2017, lors d’une mission de préparation opérationnelle, un Véhicule de l’Avant Blindé s’est retourné sur lui. Il en est mort… » Depuis ce drame, Jean-Pierre Woignier se bat pour que les militaires décédés en exercice sur le sol national soient enfin reconnus comme « morts pour le service de la Nation ». Un combat de mémoire et de justice, qui pourrait enfin trouver un débouché législatif.
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Une proposition de loi transpartisane
Le 4 février dernier, Thibaut Monnier, député Rassemblement national de la Drôme, a déposé une proposition de loi visant à élargir les critères d’attribution de cette mention honorifique. « On peine à comprendre pourquoi nos soldats morts en entraînement sur le territoire national ne peuvent prétendre à ce titre. C’est une indignité, confie-t-il au JDD.
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Aujourd’hui, la mention « mort pour le service de la Nation » n’est attribuée, sauf exception, qu’aux militaires décédés dans des circonstances bien précises, généralement en opération extérieure. Les soldats morts en exercice sur le sol national en sont presque systématiquement exclus. Et pourtant, ce titre ouvre des droits essentiels : une indemnisation intégrale pour le conjoint survivant, et la reconnaissance du statut de pupille de la Nation pour les enfants. À la place, seule la mention « mort au service », accordée indistinctement aux civils et aux militaires, est délivrée — sans véritable portée ni compensation équivalente.
Tragique accident d’hélicoptère
C’est la rencontre avec une veuve de sa circonscription qui a convaincu Thibaut Monnier de porter cette cause jusqu’à l’Assemblée. Son mari, officier du 4ᵉ régiment d’hélicoptère des forces spéciales (4ᵉ RHFS), est mort le 2 février 2018 dans un crash d’hélicoptère ayant coûté la vie à cinq soldats. Un militaire aux états de service exemplaires, père de trois enfants. Mais malgré son engagement, son grade, et les circonstances militaires de sa mort, l’officier n’a pas reçu la mention « mort pour le service de la Nation ».
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« Les oubliés de la Nation, ce sont des soldats qui sont morts accidentellement sur le territoire national »
« J’ai rencontré l’épouse de cet officier mort dans le crash. Elle m’a raconté sa situation, celle de ses enfants. Cela m’a profondément touché », confie le député. « C’est à ce moment-là que j’ai découvert cette faille dans notre système. J’ai commencé à creuser, et j’ai découvert des dizaines de familles dans la même détresse. » Depuis 2002, 130 militaires sont morts lors d’un exercice sur le territoire national. Thibaut Monnier les a baptisés les « Oubliés de la Nation ». « Ce sont des soldats morts accidentellement sur notre sol, et à qui l’on refuse les droits qu’ils mériteraient légitimement », déplore-t-il.
La proposition de loi qu’il défend est soutenue par d’anciens militaires, à l’image de Mayeul, ex-parachutiste du 8e RPIMA et auteur du livre La Voie du Soldat. « Cette initiative me paraît évidente. À partir du moment où tu portes l’uniforme et que tu meurs, tu es mort au service de la France. Dès que tu as le drapeau sur l’épaule, tu es mort pour elle », affirme-t-il.
Le flou des circonstances exceptionnelles
Concrètement, la proposition de loi vise à élargir les critères d’attribution de la mention « mort pour le service de la Nation ». Créée en 2012, cette distinction s’adresse aux militaires ou agents publics décédés « du fait de l’accomplissement de leurs fonctions ». Jusqu’en 2016, tout militaire mort accidentellement pouvait en bénéficier, avec les droits afférents pour la famille. Mais cette année-là, revirement : le ministère de la Défense restreint l’attribution du titre à deux cas précis — les décès dus à « l’acte volontaire d’un tiers » ou survenus dans des « circonstances exceptionnelles ». Une formule vague, floue, et interprétée de façon restrictive.
Désormais, la mention « mort pour le service de la Nation » n’est plus attribuée qu’aux militaires tués « de l’acte volontaire d’un tiers » ou morts dans des « circonstances exceptionnelles ». Une restriction floue, dénoncée par Jean-Pierre Woignier : « Ces circonstances exceptionnelles sont d’une imprécision totale. Même ceux qui appliquent la règle ne savent pas exactement ce qu’elles recouvrent. »
Après la mort de son fils, le père de famille a fondé une association baptisée Les Oubliés de la Nation. Depuis, il multiplie les pétitions, les courriers aux élus, les démarches pour faire reconnaître tous les militaires morts en exercice sur le territoire français.
Aujourd’hui, il voit son combat porté au plus haut niveau de l’État. « Quand Thibaut Monnier nous a contactés, j’ai ressenti un soulagement immense. Une vraie reconnaissance. Notre combat est juste, nous portons la vérité », affirme-t-il. La proposition de loi, cosignée par près de 70 députés issus de différents groupes politiques, bénéficie d’un soutien transpartisan. Malgré un calendrier parlementaire chargé, le député de la Drôme espère voir son texte franchir l’étape de la commission de la Défense et être adopté en séance.
« Le sergent Roger rentre totalement dans le cadre de ma proposition de loi »
Triste coïncidence : le mardi 20 mai, le sergent Roger a trouvé la mort en Guyane lors d’un moment de cohésion avec ses camarades. Son corps a été retrouvé dans une rivière. « Ce drame entre parfaitement dans le cadre de ma proposition », souligne Thibaut Monnier. Il annonce vouloir saisir le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, afin que la mention « mort pour le service de la Nation » soit attribuée à titre posthume au jeune soldat.
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