Après les agriculteurs et les soignants, les taxis descendent à leur tour dans la rue. Depuis ce lundi 19 mai, plus d’un millier d’entre eux bloquent le boulevard Raspail à Paris pour dénoncer les nouvelles conditions tarifaires du transport médical imposées par l’Assurance maladie, ainsi qu’une concurrence jugée déloyale des VTC. Cette artère de plus de deux kilomètres, reliant les 6e, 7e et 14e arrondissements, est entièrement paralysée. Les accès aux gares parisiennes et aux aéroports franciliens sont, eux aussi, fortement perturbés.
À coups de pétards et de klaxons, les chauffeurs font entendre leur colère boulevard Raspail. « On partira d’ici quand on aura gagné », lance l’un d’eux au milieu des fumigènes. « On va être ubérisés, mais on continuera de payer toutes nos charges », déplore Mehdi, taxi dans les Hauts-de-Seine. Le jeune homme redoute de devoir « déposer le bilan » si la nouvelle convention-cadre sur le transport sanitaire entre en vigueur le 1er octobre prochain.
300 millions d’euros d’économies visés
Chaque année, les taxis conventionnés assurent le transport médical de près de 3 millions de patients. Après plusieurs mois de discussions avec la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM), l’État s’apprête à publier fin mai un amendement de la convention-cadre, applicable dès octobre.
Objectif affiché : 300 millions d’euros d’économies entre 2025 et 2027. En 2024, les dépenses liées au transport sanitaire ont atteint 6,7 milliards d’euros, dont 3,1 milliards pour les seuls taxis conventionnés — un chiffre en hausse de 45 % depuis 2019.
Les chauffeurs conventionnés seront désormais rémunérés via un forfait de 13 euros, assorti d’une tarification au kilomètre alignée sur les barèmes départementaux. Des suppléments pourront toutefois s’appliquer dans certains cas spécifiques (personnes à mobilité réduite, péages, etc.). Une réforme qui vise à nationaliser une politique tarifaire jusqu’ici négociée localement avec les caisses d’assurance maladie.
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Pour corriger la répartition inégale des taxis conventionnés sur le territoire, la CNAM impose de nouvelles conditions : le chauffeur devra justifier de trois ans d’activité, effectuer l’essentiel de ses trajets dans son département, et obtenir l’aval d’une commission paritaire locale. Les transports « partagés » entre plusieurs patients seront encouragés, tandis que les temps d’attente devant les établissements de santé devront être limités.
Enfin, pour lutter contre les fraudes, la CNAM prévoit d’ici 2027 la mise en place de logiciels de facturation connectés à des dispositifs de géolocalisation — un modèle inspiré de celui utilisé par les VTC.
« Ces plateformes vont déshumaniser et ubériser les taxis. On n’aura plus la maîtrise de notre planning », s’insurge Alexandre, chauffeur de taxi à Lyon. Considéré comme l’un des initiateurs du mouvement au sein de l’Union nationale des taxis (UNT), il alerte depuis plus d’un an sur cette dérive via son compte TikTok (@taxi.alexandre.lyon). « Nous représentons moins de 3 % du budget total de la Sécurité sociale. L’État est venu nous chercher pour faire des économies et assurer le transport des malades. On consent déjà à des remises sur notre tarif préfectoral, mais aujourd’hui, on veut s’en prendre à notre compteur », déplore-t-il.
« On réalise une grande partie de notre chiffre d’affaires grâce aux courses médicales. Cette réforme pourrait le faire chuter de près de 50 % », alerte Nicolas, chauffeur dans les Hauts-de-Seine. Il rappelle que la plupart des taxis doivent rembourser un prêt pour leur licence et assumer de nombreuses charges, qu’il s’agisse de leur véhicule ou des cotisations à l’Urssaf.
« La majorité des entreprises de taxi perdront jusqu’à 40 % de leurs revenus issus des prestations de service », confirme Dominique Buisson, secrétaire fédérale de la Fédération nationale du taxi (FNDT). Et de prévenir : « Certaines devront licencier du personnel. Si cela ne suffit pas, elles seront contraintes de déposer le bilan. Cela pourrait impacter 30 000 salariés, 45 000 entreprises, et indirectement près de 100 000 familles. »
À l’échelle nationale, des milliers de taxis ont rejoint le mouvement, notamment à Marseille, Lyon ou Pau. À Paris, des heurts ont éclaté dès le premier jour, entraînant l’interpellation de 64 personnes selon la préfecture de police. La situation s’est toutefois apaisée dans les jours suivants, les fédérations appelant à la retenue. « C’est un appel à la responsabilité. Nous ne voulons pas que notre grève soit discréditée par des violences ou des tirs de mortiers », insiste Alexandre.
Tabarot promet des contrôles sur les VTC
Face à la colère des taxis, le ministre des Transports, Philippe Tabarot, a lui aussi appelé au « calme », assurant sur BFMTV que « le dialogue social a été ouvert ». Concernant la réforme du transport sanitaire, il a évoqué la nécessité d’une « soutenabilité financière », tout en précisant que ces revendications relèvent de la compétence de ses « collègues ».
En revanche, sur la concurrence des VTC, le ministre s’est montré plus offensif. Il a promis des « contrôles sur les VTC » : « Il y a des amendes forfaitaires qui existent et qui vont tomber avec le soutien des préfets. J’ai convoqué les plateformes pour constater, ou non, si elles respectent le droit social. On est dans l’action. »
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