La maison de l’Olympique lyonnais s’est parée de vert pour un week-end, et ce n’est même pas l’œuvre du rival stéphanois ! Dès 10h, vendredi, drapeaux algériens et autres keffiehs convergeaient vers l’enceinte sportive pour l’ouverture du salon de l’Algérie. Objectif affiché : mettre en valeur les « richesses culturelles, artistiques et économiques » du pays à travers des dégustations culinaires, des conférences ou encore des concerts. « Il ne sera pas question de politique », prévenaient les organisateurs en marge de l’événement…
« Merci d’être venus en nombre ! Ça prouve que notre nation rayonne grâce au grand président de la République Abdelmadjid Tebboune », scande pourtant en ouverture un responsable du Collectif des associations franco-algériennes de France (Cafaf), sous les applaudissements (et les youyous) d’un public galvanisé.
Un élan patriotique réaffirmé avec l’hymne national entonné en chœur par l’assistance en présence d’Abdelaziz Mayouf, consul général d’Algérie à Lyon. Dans la foulée, un autre militant associatif appelle les jeunes à ne jamais oublier « le martyre de cent trente ans de colonisation française ». Avant que Nacer Khamla, premier adjoint au maire communiste de Vénissieux, s’émeuve des « discriminations » dont seraient victimes les « jeunes des quartiers ».
Dans le hall d’exposition, la foule se presse devant les étals d’épices et de pâtisseries. D’autres marques, plus centrées sur l’islam, ont aussi leurs stands ici et là. Les articles de mode dite « pudique » (hijab, burqa, abaya…) ne manquent pas. Les jeux pour enfants non plus, comme ce livre ludique intitulé Je n’adore qu’Allah ou la peluche Hamza, le nounours (sans yeux) « préféré des jeunes musulmans ».
Certaines organisations sont également venues présenter leurs projets « innovants », à l’image d’El-Fath, qui recueille des fonds pour la construction d’une « mosquée éco-responsable » dans la petite commune voisine de Thizy-les-Bourgs.
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« Boualem Sansal ? C’est un faux sujet »
L’ONG Labayka est parmi les exposants les plus visités. Elle propose des goodies propalestiniens, du porte-clé au fanion en passant par les packs de « Cola Palestine » – dont « 100 % de la recette » est reversée à la cause gazaouie. « Les responsables politiques et les médias parlent tout le temps de l’Algérie, de l’immigration… Mais ce génocide, c’est bien plus important », lance Djamel en exhibant le bracelet vert, rouge et noir qu’il vient d’acheter.
Ce Franco-Algérien de 61 ans suit de près la récente escalade diplomatique entre ses deux pays. « Faut pas oublier que c’est nous qui avons bâti la France ! Tout ça, c’est la faute de Macron et Retailleau », accuse-t-il, jugeant que le ministre de l’Intérieur a « dépassé les bornes » en évoquant la remise en cause de l’accord de 1968. « Boualem Sansal ? C’est un faux sujet », balaye son frère Kamel*, qui ose même la comparaison avec Georges Abdallah, un militant communiste libanais « injustement » condamné à la perpétuité pour complicité dans l’assassinat de deux diplomates américain et israélien, à Paris, en 1982 : « Et lui, c’est quand qu’on le libère ? »
À la sortie du salon, Sofia*, non moins remontée, embraye sur un autre sujet d’actualité : le rapport choc sur la menace frériste en France. « C’est n’importe quoi. Il y a des dérives, mais la majorité d’entre nous pratique sa foi de son côté », plaide la quinquagénaire. « De toute façon, ici, on ne sait que taper sur les musulmans », poursuit la mère de famille, qui n’exclut pas de quitter l’Hexagone, « devenu irrespirable ».
*Les prénoms ont été modifiés.
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