« C’est énormément de bonheur. Tout le travail de ce groupe a été fabuleux », salue Damian Penaud au micro des diffuseurs. L’atypique ailier de l’Union Bordeaux-Bègles (UBB) et du XV de France, désigné meilleur joueur de cette Champions Cup 2025, poursuit : « Personne n’a jamais rien lâché. Les quarante mecs qui composent ce groupe se sont “envoyés” comme des chiens les uns pour les autres. » Visiblement ému, il enchaîne : « On ne voulait plus jamais vivre ça. » « Ça », c’est la finale du championnat de France perdue dans les grandes largeurs l’an dernier à Marseille face à Toulouse (59-3). La plaie ne semble pas cautérisée…
Le toit fermé du Millennium de Cardiff (officiellement appelé Principality Stadium, du nom du sponsor) donne l’impression qu’il fait nuit. Il n’est pourtant que 17 heures au Pays de Galles quand le capitaine victorieux Maxime Lucu soulève le trophée sur le podium installé au centre d’une pelouse abîmée par le combat brutal que viennent de se livrer les deux équipes. La coupe passe joyeusement de mains en mains tandis qu’à 750 kilomètres de là, vingt-cinq mille supporteurs réunis sous le soleil chantent et dansent place des Quinconces. L’UBB, née en 2006 de la fusion du Stade Bordelais et du CABBG (Club athlétique Bègles Bordeaux Gironde), offre à son président Laurent Marti une première consécration avant de devoir rapidement se tourner vers les phases finales de ce Top 14 qui lui échappe encore.
Ce samedi 24 mai, la rencontre a commencé sur les chapeaux de roues. Après deux minutes seulement, les Saints ouvrent le score sur un travail tout en force du deuxième ligne Alex Coles, que transforme le talentueux ouvreur de 23 ans Fin Smith (0-7). Dans les trois minutes suivantes, coup dur pour Northampton qui perd deux hommes sur blessure, dont l’emblématique arrière George Furbank, malencontreusement percuté à la tête par le genou de son alter ego Romain Buros.
Encore désorganisés par ces deux changements inopinés, les champions d’Angleterre 2024 voient le diablotin girondin sortir de sa boîte en la personne de Damian Penaud. Totalement remis de sa cheville esquintée en demi-finale face au Stade toulousain, le trois-quarts international conclut un essai d’école. La transformation de Matthieu Jalibert échoue sur le poteau (5-7, 7e). Peu après, Louis Bielle-Biarrey, qui s’est déporté sur l’aile droite, effectue avec Penaud un « une-deux » qui aurait été splendide si l’arbitrage vidéo n’avait pas annulé l’essai pour un (petit) en-avant.
Qu’importe. L’UBB sent que la rencontre tourne en sa faveur et continue d’attaquer. à la 20e, Jalibert slalome dans la défense et délivre une passe décisive à son deuxième ligne australien, Adam Coleman. « Matt », cette fois, ne rate pas la « transfo » : 12-7. Grâce à deux pénalités à une, les Saints restent au contact (15-13) jusqu’à ce que Jalibert, auteur d’une première période de haut vol, trouve d’un coup de pied rasant Damian Penaud. L’ancien Clermontois porte à quatorze essais le record sur une seule édition de Champions Cup.
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Un manque de clairvoyance donne l’opportunité à Northampton d’égaliser juste avant la mi-temps (20-20). Le demi de mêlée et capitaine Maxime Lucu prévient : « Il faudra être vigilant jusqu’au bout. » Vigilance qui a failli manquer de nouveau dès la reprise. Sur une touche, Henry Pollock, 20 ans et star montante du XV de la Rose, croit donner l’avantage aux siens. La vidéo (encore elle) annule l’essai pour une faute en amont. Quelques instants plus tard, sur une pénalité, Jalibert, pas à l’aise face aux perches, laisse son coéquipier de la charnière, « Max », ajouter trois points (23-20). Presque dans la foulée, l’Union Bordeaux-Bègles pense avoir franchi la ligne d’en-but après un joli maul. Action invalidée par le décidément très actif TMO (Television Match Official), qui se mue parfois en tueur de joie spontanée. Il fallait voir Lucu exulter avant de déchanter pour s’en rendre compte… Une autre action, avant l’heure de jeu, est couronnée de succès, et sans recours au TMO. Cyril Cazeaux, deuxième ligne de 30 ans dont dix passés à l’UBB, est à la conclusion (28-20).
Tombeurs en huitième de finale de Clermont (46-24), atomiseurs en quart de Castres (51-16) et vainqueurs en demie du redoutable et redouté Leinster (37-34), les Saints n’abdiquent pas. Sur le banc de touche, le regard clair du manager bordelais Yannick Bru est explicite. Il sait que rien n’est fait. Les vingt dernières minutes sont stressantes. Le score n’évoluera pourtant plus. À sa manière, l’Union Bordeaux-Bègles a vengé le Lyon olympique universitaire, laminé la veille en finale de la « petite » coupe d’Europe par Bath (37-12). Surtout, l’UBB gagne le plus beau titre de sa jeune histoire et succède à Toulouse, Brive, Toulon et La Rochelle au palmarès français de la compétition. Reste à réaliser, comme Toulouse l’an passé, le doublé Champions Cup-Top 14 afin d’enterrer définitivement le traumatisme de l’Orange Vélodrome.
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