L’essentiel
- Un groupe anarchiste revendique sur le site Indymedia Nantes la responsabilité d’actes de sabotage ayant provoqué une coupure d’électricité sur la Côte d’Azur, affirmant vouloir « perturber » le festival de Cannes et « priver de courant les centres de recherche et les usines de Thales Alenia Space, […] l’aéroport et tous les autres établissements industriels, militaires et technologiques de la zone ».
- Le site Indymedia, qui rassemble des communiqués d’extrême gauche, a déjà été utilisé pour revendiquer d’autres actes de sabotage dans le passé, notamment contre des casernes de gendarmerie et des infrastructures électriques.
- Selon Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques, ces actes visent à montrer la « fragilité croissante du capitalisme » en paralysant des infrastructures critiques, dans l’espoir de provoquer « une prise de conscience qui engendrerait un début de grève général ou un semblant de révolution ».
«Ici deux bandes d’anarchistes. Nous revendiquons la responsabilité de l’attaque contre des installations électriques sur la Côte d’Azur. » Ce message de revendication a été publié dimanche sur le site d’extrême gauche Indymedia Nantes. Ses auteurs affirment être derrière les actes de sabotage qui ont provoqué un black-out de plusieurs heures samedi sur une partie du sud-est de la France. Un poste haute tension a été incendié à Tanneron dans le Var et un pylône a été scié à Villeneuve-Loubet dans les Alpes-Maritimes. Cette action visait à « perturber » le Festival Cannes, « mais aussi à priver de courant les centres de recherche et les usines de Thales Alenia Space, […] l’aéroport et tous les autres établissements industriels, militaires et technologiques de la zone », précise ce texte non signé.
« La presse m’a relayé cette revendication trouvée sur un site. Elle fait l’objet d’une évaluation », a fait savoir le procureur de Grasse Damien Savarzeix, soulignant que « l’enquête se poursuit sur le fond ». La piste est pourtant déjà jugée « crédible » par une source proche de l’enquête contactée par 20 Minutes. D’autant que ce n’est pas la première fois que des actes de sabotage sont revendiqués sur l’une des antennes françaises de ce site anarcho-libertaire américain créé en 2009.
Un mode d’emploi pour « abattre des pylônes »
En 2017, plusieurs groupes avaient prétendu avoir incendié des casernes de gendarmerie à Limoges et à Grenoble. En 2023, les auteurs d’un communiqué anonyme se félicitaient d’avoir « scié les pieds d’un pylône électrique 225 kV aux alentours de la Motte-Servolex, dans la banlieue de Chambéry ». L’année précédente, des « resistant.es » affirmaient dans un message avoir « saboté le pylône 225.000 volts sur la ligne principale qui approvisionne en électricité le pôle chimico-industriel de Salindres » dans le Gard.
Les sites Indymedia rassemblent les communiqués, les revendications et les tracts politiques de toutes les sensibilités de l’extrême gauche. « On y aborde tous les sujets de prédilection de la mouvance d’ultragauche : les ZAD, la Palestine, les retraites, les violences policières, la vidéosurveillance, Notre-Dame-des-Landes », explique à 20 Minutes Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès. On trouve également un mode d’emploi expliquant en détail « comment abattre des pylônes », avec des schémas, la liste des outils nécessaires. Un manuel très ancien puisqu’il aurait été publié en 1988 dans un journal appelé Insurrection.
Montrer la « fragilité croissante du capitalisme »
« L’idée du sabotage, qu’on retrouve dans les écrits de Julien Coupat, c’est que dans une société de plus en plus complexe où les technologies jouent un rôle de plus en plus moteur, on peut paralyser un pays à partir d’interventions très ciblées, dont l’impact est sismique. Vous pouvez saboter un transformateur et plonger une ville dans le noir. Vous pouvez créer le chaos », poursuit Jean-Yves Camus. Le but, dit-il, serait d’amener la population « à une prise de conscience qui engendrerait un début de grève général ou un semblant de révolution ». Il s’agirait de montrer qu’au fond, « la société, à cause de son très haut degré de dépendance aux nouvelles technologies, est finalement très fragile. Derrière il y a toute une analyse propre à l’ultragauche de la fragilité croissante du capitalisme ». Mais « cela entraîne surtout beaucoup de frustration et de colère chez ceux qui sont victimes de ces actes », poursuit le politologue.
En 2020, l’ombre de l’ultragauche planait également sur une série de sabotage d’antennes relais. Là encore, les auteurs d’un article publié sur le site Indymedia Nantes expliquaient comment les détruire. « La toile technologique se resserre autour de nous et permet de nous surveiller d’une manière inédite », écrivaient-ils pour justifier leurs actes. Ils estimaient que Ia 5G permet au gouvernement « de nous surveiller de manière inédite » grâce à l’« intégration » de « l’intelligence artificielle ». En 2024, la mouvance est suspectée d’être derrière une série d’actes de sabotage qui ont visé plusieurs lignes de trains à grande vitesse.




