
Le compte à rebours a commencé. Le 8 juin, à l’issue de l’ultime match de championnat face à Nice, Cléopâtre Darleux rejoindra les vestiaires. Une dernière fois. « Je ne réalise pas encore complètement que c’est bientôt fini, confie-t-elle entre deux entraînements. Je savoure chaque séance, chaque minute, j’essaie de graver tous ces petits moments dans ma mémoire. » Déjà championne olympique et championne du monde, la sculpturale gardienne aux 205 sélections en bleu est encore magistrale sous le maillot de Metz. Tout juste sacré en Coupe de France, le club mosellan, invaincu cette saison, peut réaliser un formidable triplé. Finale à quatre de la Ligue des champions, le 31 mai à Budapest, et de la Ligue nationale dans la foulée. Un dernier hold-up avant de se faire la malle. Même pas peur de cette « petite mort » tant redoutée par les sportifs de haut niveau.
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Pas simple pourtant pour une athlète de son envergure de faire le deuil de cette exaltante séquence, chargée en endorphines. Cléopâtre a déjà fait plus de mille fois le plein de super en matchs. Le retour à l’ordinaire, elle en rêve. « Cela fait bientôt dix-neuf ans que je n’ai pas de week-end, pas de vraies vacances, ajoute celle qui est aussi maman d’une petite Olympe âgée de 6 ans. J’ai envie d’agrandir ma famille, de sillonner la Bretagne en van avec mon mari, de partir à Tahiti… » La maternité sera d’ailleurs l’un des combats de sa nouvelle vie au sein de l’AJPH, l’Association des joueurs professionnels de handball. La médaillée d’or des JO de Tokyo en 2021 est déjà très impliquée au sein de ce syndicat qui rassemble plus de 50 % des joueuses. « Depuis 2021, une convention collective permet de maintenir le salaire des joueuses pendant leur grossesse mais nous n’avons pas encore droit à un joker médical pour être remplacées, comme en cas de blessure. Et puis je vais militer pour que les joueuses soient impliquées dans la constitution des calendriers, que les salaires soient réévalués… Il y a tant à faire. »
La future retraitée, qui va entamer une formation de manager général, veut se donner du temps pour préparer sa reconversion. En attendant, elle compte bien capitaliser sur son expérience pour faire bouger les lignes. Notamment sur un sujet douloureux qui l’a abîmée. Éloignée pendant de longs mois avant les Jeux de Paris à cause d’une grave commotion cérébrale, Cléopâtre Darleux a une nouvelle fois été ébranlée par un tir en pleine tête le 5 avril dernier sur le terrain de Brest. Pendant plus de deux heures, elle ne voyait plus d’un œil et son passage aux urgences a ranimé sa colère. « Les arbitres sont sensibilisés sur le protocole, mais c’est bidon. Ce n’est pas en posant trois questions que l’on décèle un vrai problème. Au rugby, il y a un examen médical et de vraies sanctions. Chez nous, le jeu reprend et la fautive n’écope que d’un carton jaune*. Les gardiens ne sont pas protégés. C’est lunaire ! Une joueuse isolée qui tire de toutes ses forces tout droit dans la tête mérite un carton rouge direct. » La fédération s’engage à plaider auprès des instances internationales pour faire évoluer le règlement. En attendant, Cléopâtre, elle, finit ses cartons. Avant la dolce vita.
* Les arbitres appliquent la « réglementation internationale », soit deux minutes d’exclusion pour un tir dans la tête, seul un jet de 7 mètres entraînant un carton rouge.
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