Le JDD. Quelle est la spécificité des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens ?
Philippe Guillet. Ce mouvement est né en 1926, autour de l’idée de mettre en cohérence sa vie personnelle, sa vie professionnelle et sa vie spirituelle. C’est-à-dire vivre en chrétien tout le temps et agir conformément à ce en quoi on croit au quotidien.
Le Prix de l’économie du bien commun puise son inspiration dans la vie d’un personnage, Philibert Vrau, un industriel lillois du XIXe siècle…
C’est une figure du mouvement social-chrétien. Il dirigeait une entreprise de textile dans laquelle il avait instauré le repos dominical, la journée de dix heures ou une caisse de secours mutuelle, ce qui était très innovant pour l’époque. Il a déployé son engagement au-delà de son activité, en étant à l’origine de la création de l’Université catholique de Lille ou de l’École des hautes études industrielles.
Il est l’objet aujourd’hui d’un processus de béatification en reconnaissance de ses œuvres, mais aussi pour ses innovations sociales au sein de l’entreprise.
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Quel accompagnement trouvent les entrepreneurs qui vous rejoignent ?
Nous nous réunissons une fois par mois autour de trois temps : un temps de prière, un temps d’échange sur nos peines et nos joies, enfin, un temps d’approfondissement d’un thème qui est souvent issu de la pensée sociale chrétienne et sur lequel on va travailler ensemble. Ce que nous disent pas mal d’entrepreneurs et de dirigeants chrétiens, c’est que c’est le seul espace dans lequel ils peuvent se livrer totalement. Ils sont soutenus, aidés et inspirés.
Diriez-vous que les notions de bien et de mal, de morale chrétienne, sont conciliables avec le monde économique hyperconcurrentiel, parfois impitoyable ?
Bien sûr. Quand on parle de dignité, de bien commun, de participation, de solidarité, de destination universelle des biens ou de subsidiarité, ce sont des notions qui sont applicables dans n’importe quelle entreprise par n’importe qui, y compris des personnes non chrétiennes, voire d’une autre foi. Nous accueillons dans nos entreprises des salariés qui viennent de tous les horizons, et nous ne sommes pas là pour faire du prosélytisme, mais pour faire vivre des principes.
Nous voulons faire vivre des principes universels
Le premier d’entre eux est la dignité. Le fait de donner un emploi à quelqu’un lui permet de se révéler, de déployer ses talents. C’est universel et cela dépasse largement la foi chrétienne.
Quelle est la place de la religion, quelle qu’elle soit, dans l’entreprise ?
L’entreprise n’est pas un lieu de religion, mais ce n’est pas un lieu de laïcité non plus. C’est un espace privé dans lequel chaque dirigeant établit la règle de ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, notamment sur le port de signes religieux. C’est une discussion que nous avons souvent par l’évocation de témoignages : le fait d’être en équipe permet de s’interroger sur comment les uns et les autres font face à des situations délicates ou qui sont problématiques.
La question du rapport au travail et la qualité de la vie professionnelle agite le monde de l’entreprise. Avez-vous une réflexion sur ce sujet ?
Nous sommes des défenseurs de la création d’emploi parce que chacun a sa place dans la société et que chacun y apporte sa contribution. Nous voulons être acteurs du bien commun au-delà de l’entreprise, pas seulement avec nos salariés, mais avec nos clients, nos fournisseurs, avec la ville ou le territoire dans lequel nous sommes implantés, son écosystème, les associations que l’on soutient par du mécénat… Tout cela est cohérent avec la foi chrétienne : on parle beaucoup de travail dans la Bible, notamment en ce qu’il fait éclore des talents.
Au sein de nos entreprises, nous sommes nombreux à associer nos collaborateurs pour réfléchir au sens de ce que nous entreprenons ensemble, quel projet commun nous réunit, quel rapport à l’environnement. C’est une réflexion qui est très demandée, notamment par les jeunes, souvent motivés à donner leur avis. C’est une façon, en retour, de les inclure dans la vie de l’entreprise.
Vous avez décidé de valoriser certaines entreprises depuis une dizaine d’années en décernant des prix, dans quel but ?
Notre mouvement rassemble 3 700 entrepreneurs et dirigeants et accueille un nombre croissant de jeunes en France et dans les grandes villes du monde. Parmi eux, il y a des pépites qui méritent d’être mises en lumière. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place des prix, avec une particularité : ce ne sont pas les dirigeants eux-mêmes qui candidatent, ce sont leurs amis, leurs équipes ou des membres du mouvement qui font remonter les noms. On découvre alors des personnalités qui n’auraient jamais prétendu à une telle reconnaissance alors qu’elles sont, dans leur territoire, dans leur entreprise, de vrais phares.
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