Donald Trump est souvent frustré. Le réel est décevant. Les relations internationales ont leur logique. Lourde, lente, obstinée. Alors que le quotidien du Donald est plein de courants d’air et de contradictions. Au bout de cinq mois, il réalise que les superlatifs sur son réseau Social Truth (traduction : la vérité si je mens !) et la diplomatie des coups de fil ne suffisent pas à réorganiser le monde.
L’une de ses priorités était d’en finir avec la guerre jugée « inutile » en Ukraine. En 24 heures, selon un slogan de campagne. En 24 semaines aurait fait un programme. En 24 mois semble désormais ambitieux.
La Russie a cessé le feu, le temps de célébrer le cinquantième anniversaire de sa victoire sur les nazis. Elle a vérifié que la moitié du monde répondait à son invitation sur la Place rouge, et qu’elle gardait le soutien décisif de la Chine et des relations mutuellement profitables avec l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, les plus éminents représentants du Sud global. Elle a ensuite repris le cours de sa guerre dans le Donbass comme si de rien n’était. Y compris les bombardements meurtriers de cibles civiles. Envoyer des subalternes reprendre des pourparlers avec les dirigeants ukrainiens à Istanbul est la seule concession accordée à l’Amérique.
Donald Trump s’exclame : « Poutine est devenu fou ! » Le champion du deal win-win ne comprend pas comment fonctionne le maître du Kremlin qui, adossé à dix siècles de Russie, veut une victoire et ne rêve pas de paix. Le milliardaire américain est comme l’agent immobilier qui s’étonne que son voisin refuse de vendre la maison de famille qui tombe en botte.
Adossé à dix siècles de Russie, le maître du Kremlin veut une victoire et ne rêve pas de paix
Il s’impatiente : « Poutine veut toute l’Ukraine. S’il le fait, cela mènera à la chute de la Russie. » Cela ressemble à une menace. Elle n’est pas crédible car Donald Trump écarte toute intervention armée qui mettrait la vie d’Américains en danger. Ce faisant, il se prive de son principal levier pour contraindre les vieux empires à négocier leur souveraineté. L’argent ne règle pas tout.
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Avec l’Iran, les négociations s’éternisent. Elles ont débuté sur un coup de théâtre, Donald Trump annonçant devant Benyamin Netanyahou estomaqué la reprise du dialogue suspendu lors de son premier mandat. Les palabres nomadisent, ce n’est jamais bon signe. Cinquième round, à l’ambassade d’Oman à Rome. Selon le ministre iranien des Affaires étrangères, les questions sont trop compliquées pour être réglées en quelques réunions. Les mollahs jouent la montre. Sacrifier le mécano nucléaire accumulé depuis trente ans demanderait des garanties aussi solides que l’uranium appauvri qui perfore les blindages. Comment Donald Trump, à la Maison Blanche pour un seul mandat, pourrait-il les leur offrir ? La course à l’atome remonte au Shah, la dissuasion nucléaire pouvant seule assurer la souveraineté de la Perse et ses cent millions d’habitants sur le Golfe.
Israël surveille ces palabres, le doigt sur la détente. Son angoisse, c’est que la Maison Blanche réédite l’accord de dupes qu’avaient négocié Barack Obama et les Européens. Benyamin Netanyahou exige un démantèlement de tout le programme nucléaire, de gré ou de force. Il avait prévu une offensive militaire en mai. Donald Trump y a mis son veto.
La guerre attendra, la paix aussi. Donald Trump se console avec le spectacle en continu. Le Bureau ovale est devenu un plateau de téléréalité. Le président sud-africain est le dernier à y avoir subi une humiliation publique, avec un cours illustré sur le « génocide » des Blancs. Le terme est impropre. Mais avec 500 homicides par semaine, la nation arc-en-ciel est rouge vif. Elle baigne dans le sang. La réalité est décevante. Pas seulement pour Donald Trump.
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