Des « démons à strass » dans le cloître du couvent de la Visitation. Le Bal des Ardentes, « rituel thérapeutique et résistant », devait se tenir ce samedi 24 mai au sein de ce lieu emblématique de la ville de Mayenne, dans le département du même nom. Face à de nombreuses réactions indignées, la mairie a été contrainte d’annuler les sulfureuses festivités. Colère des artistes d’un côté, joie d’une partie de la population de l’autre : une chose est sûre, l’affaire du couvent de la Visitation divise.
« En faisant une revue d’actualité, je suis tombé sur un article du Journal de La Mayenne promettant une soirée inoubliable au couvent, raconte Jonathan, la vingtaine, habitant de la commune qui a été actif sur les réseaux sociaux pour faire annuler le rendez-vous. Étant donné que le couvent est désacralisé, je n’en avais pas grand-chose à faire. Mais en regardant de plus près, j’ai découvert que la soirée était un rituel assez politisé ». Rapidement, l’événement jusque-là assez discret se retrouve sous le feu des projecteurs. La polémique monte, l’affaire se politise, les esprits s’échauffent.
« Je trouverais triste que ce site soit rasé, mais je préfère encore que ce soit rasé plutôt que d’accueillir une telle débauche irrévérencieuse »
C’est en quittant la commune en 1998 que les religieuses ont vendu le complexe du XVIIe siècle à la municipalité. Qui a choisi, 30 ans plus tard, d’y autoriser ce bal « thérapeutique et résistant ». La soirée, où « s’entrelacent » les « vivants et les morts, rituels anciens et contemporains », comme on peut le lire sur le dossier de présentation de l’événement, a été co-créée par Johanna Rocard, militante féministe. Organisé par les associations le Kiosque et Tribu, le Bal des Ardentes se présente publiquement comme un « rituel », durant lequel les participants sont invités à se « frotter les mains, les fesses, les cuisses », afin de faire naître un « espace de soins mutuels ».
Un programme qui n’est pas du goût de Pierre-Elie Guyon, responsable des jeunes Républicains en Mayenne. Ce dernier n’hésite pas à taper du poing sur la table, dans un communiqué : « Je trouverais triste que ce site soit rasé, mais je préfère encore que ce soit rasé plutôt que d’accueillir une telle débauche irrévérencieuse. Il y a plein de choses qui pourraient prospérer dans ce lieu. […] il faut revenir à la dimension laïque de silence, de calme, de transmission, d’aide qu’avait ce couvent ».
Des sépultures dans la crypte ?
Construit en 1606, le couvent a d’abord été la demeure de moines capucins. Mais, Révolution française oblige, les moines sont chassés de l’édifice qui est détruit. Il faudra attendre Napoléon et le concordat, pour que des sœurs de la Visitation s’installent sur les ruines de l’abbaye. Une présence religieuse qui durera jusqu’en 1998, année de départ des dernières sœurs. Désacralisé, l’édifice est vendu à la mairie, représenté par l’ancien maire Michel Angot, sous une seule condition : respecter l’esprit des lieux. Las, pour l’édile actuel, Jean-Pierre Le Scornet, cet « accord moral » ne concerne que la chapelle, comme il l’affirme droit dans ses bottes dans Le Courrier de la Mayenne. Sous-entendu : n’importe quel type d’événement peut être organisé dans le cloître voisin.
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Si aucun moine ou religieuse ne foule plus les dalles de l’église, le corps de certains d’entre eux serait toujours présent… dans la crypte de l’édifice. Plusieurs pierres tombales s’y trouvent en effet.
Annulation… et reprogrammation ?
Soudain, coup de tonnerre dans la commune de 12 000 habitants. La veille de la soirée, la municipalité annonce l’annulation de l’événement. Après « beaucoup d’échanges avec les associations organisatrices, le Renseignement intérieur, la gendarmerie, le ministère de l’Intérieur, la préfecture et la sous-préfecture », le maire a décidé que le « rituel » n’aurait pas lieu. Motif invoqué : des « risques sérieux de troubles à l’ordre public ».
« Lorsqu’on s’est interrogé sur le maintien de cet événement à la Visitation, on s’est dit qu’il fallait maintenir l’événement, mais ailleurs »
« C’est un énorme gâchis cette histoire, lâche auprès du JDD, Adrien Mottais, conseiller municipal du groupe d’opposition Mayenne s’écrit Ensemble. Il est évident, au regard de l’histoire de Mayenne, au regard de l’attachement que les Mayennais ont pour la Visitation, au-delà de l’aspect religieux, que ça allait créer de l’incompréhension et des réactions. » L’élu local pointe du doigt l’absence de préparation de la municipalité, « Lorsqu’on s’est interrogé sur le maintien de cet événement à la Visitation, on s’est dit qu’il fallait le maintenir, mais ailleurs. Le problème, c’est que comme ça n’a pas été préparé en amont, il n’y avait pas de plan B, même en cas de pluie ». Dénonçant au passage une « récupération de l’extrême droite », Adrien Mottais affirme que la soirée aurait bien lieu à une date ultérieure.
Colère des artistes
Du côté des artistes, on ne décolère pas. Johanna Rocard dénonce sur son compte Instagram une « tempête de caca », et publie un communiqué rédigé avec deux autres artistes qui devaient participer aux festivités. Pointant du doigt les « catholiques intégristes », et « l’extrême droite », elles accusent leurs détracteurs de tenir des propos « antiféministes, queerphobes et racistes ». « C’est ici l’ensemble d’un discours inclusif et intersectionnel qui se trouve être limogé et silencié », soutient le communiqué.
« On y travaille, je pense que ça va prendre un peu de temps, mais on veut qu’il ait lieu absolument au même endroit »
Johanna Rocard annonce enfin avoir saisi le ministère de la Culture, et fait un signalement à l’Observatoire de la liberté de création. Les organisateurs du spectacle n’ont d’ailleurs pas dit leur dernier mot. Ils souhaitent absolument que le Bal des Ardentes ait lieu au sein du couvent. « On y travaille, je pense que ça va prendre un peu de temps, mais on veut qu’il ait lieu absolument au même endroit », martèle Mélanie Gougeon, coordinatrice spectacle vivant de l’association Le Kiosque, au micro de France Bleu Mayenne.
« Je suis extrêmement content et satisfait de cette annulation », assume pour sa part Jonathan. Le jeune homme promet néanmoins d’être vigilant, prêt à relancer la mobilisation sur les réseaux sociaux avec d’autres Mayennais si la mairie souhaite reprogrammer le bal au même endroit.
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