
Après plusieurs décennies de purgatoire, le dramaturge revient en force dans les théâtres parisiens. « La jeunesse s’empare de l’œuvre de mon père et qu’est-ce que ça fait du bien », s’enthousiasme sa fille, Colombe Anouilh d’Harcourt, présente à la première de Jean Anouilh, souvenirs d’un jeune homme au théâtre de Poche-Montparnasse, un spectacle tendre et poétique qui retrace les débuts de son père, né dans une famille pauvre, auteur sans le sou et publicitaire en quête de slogans. Elle ne tarit pas d’éloges sur la nouvelle génération de jeunes acteurs : « En plus, Gaspard Cuillé ressemble comme deux gouttes d’eau à mon père. J’ai été foudroyée la première fois que je l’ai vu sur scène. »
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Pour Stéphanie Tesson, la directrice du théâtre, heureuse de son bon coup, ce n’est pas un hasard si la programmation de cette fin de saison accueille tous les récents interprètes de Jean Anouilh de ces deux dernières années : « Nous avons réuni Maxime d’Aboville qui a triomphé avec Pauvre Bitos, Émeline Bayard qui a réveillé l’Athénée avec La Culotte et la merveilleuse compagnie du Colimaçon qui nous avait donné un formidable Eurydice l’an dernier. C’est comme si la famille d’Anouilh et celle du Poche ne faisaient qu’un. » Pour elle, la prédiction de son père, le journaliste Philippe Tesson, n’a jamais été autant d’actualité : « Le temps a beau passer, les mœurs évoluer, les modes changer et les formes théâtrales se renouveler, la voix d’Anouilh continue de résonner à nos oreilles et à nos cœurs avec une force particulière. »
Chez lui, les jeunes femmes sont complexes
Camille Delpech
Le théâtre Lucernaire n’est pas en reste qui propose Léocadia, une pièce envoûtante de la période « rose » du maître. Là aussi, c’est une compagnie de jeunes acteurs, Les Ballons rouges, ancrée à Nevers, qui est à l’origine du projet. Fondatrice et directrice artistique de cette jeune compagnie, Camille Delpech explique avoir découvert l’œuvre du dramaturge pendant ses études à l’école d’art dramatique Jean-Périmony en se plongeant dans une trentaine de ses pièces avec ses camarades, tous âgés de 25 à 30 ans, dans le cadre d’un atelier. « C’est drôle car chacun de nous avait une pièce préférée différente, confie-t-elle, mais ce qui ressortait en premier lieu, c’était la très belle langue d’Anouilh, même les pièces écrites dans les années 1930 ont l’air d’avoir été écrites aujourd’hui. Simple en apparence, elle est en réalité très riche car elle permet de saisir la circonvolution des pensées, des émotions et de l’inconscient des personnages. Et puis, il y a les personnages qui sont d’une vérité et d’une modernité incroyables. »
L’auteur de La Culotte serait sans doute le premier surpris d’apprendre l’une des raisons de son retour en grâce auprès de la jeunesse : son féminisme ! « Dans son théâtre, les jeunes femmes ne sont jamais des princesses idéalisées ou des servantes écervelées, mais des personnages denses, complexes, avec leur sale caractère quelquefois, venant de tous les milieux sociaux et de tous les âges, confirme Camille Delpech. Dans Léocadia, par exemple, une des plus belles scènes du spectacle est un dialogue entre la duchesse et une jeune ouvrière, Amanda. La première a 60 ans, la seconde 20, ce sont deux âmes qui se parlent et c’est magnifique. »
De là où il est, le vieil anarchiste de droite qu’était Anouilh appréciera en fin gourmet le paradoxe… D’autant que la jeune actrice, éblouissante dans le rôle d’Amanda, lui rend ce bel hommage : « Qu’est-ce que c’est agréable pour des jeunes comédiennes de pouvoir jouer des rôles féminins aussi riches, aussi intéressants ! »
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« Léocadia », au théâtre Lucernaire (Paris 6e). Jusqu’au 27 juillet. lucernaire.fr
« Jean Anouilh, souvenirs d’un jeune homme », au théâtre de Poche Montparnasse (Paris 6e). Jusqu’au 9 juillet. theatredepoche-montparnasse.com
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