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Maxime d’Aboville : «J’assume le roman national, ce n’est pas un gros mot»



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29 Mai 2025
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Maxime d’Aboville : «J’assume le roman national, ce n’est pas un gros mot»
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Le Chat noir lui a porté bonheur. Dans ce café parisien un peu anar, on se pressait dans une cave aux airs de catacombes, il y a quinze ans. Le bouche à oreille frémissait : un jeune acteur encore inconnu jouait le Journal d’un curé de campagne ! Bernanos, vraiment, seul en scène ? C’était un saisissement… ce curé d’Ambricourt était poignant. Et le comédien, déjà impressionnant, présence fiévreuse, timbre riche, diction d’une impeccable précision, au service de la force du roman : « Je n’étais pas un grand lecteur, mais ce texte, lu vers 20 ans, m’avait bouleversé, se souvient Maxime d’Aboville. J’avais des questionnements spirituels… dont je ne suis jamais sorti ! Ce livre ne m’avait pas laissé indemne : ce personnage, l’écriture extraordinaire de Bernanos… »

Au cours de Jean-Laurent Cochet, « on apprenait à être sensibles au style, sans doute plus qu’ailleurs, et il nous incitait à travailler des textes qui n’étaient pas nécessairement écrits pour la scène ». Repéré par Pierre Bonnier, qui le sort de la cave pour le produire aux Mathurins, le bon élève est nommé aux Molières dans la foulée. Rebelote l’année suivante, en prince de Condé dans Henri IV le bien aimé, de Daniel Colas, « une fresque extraordinaire, à dix-huit acteurs, une folie totale de monter ça dans le privé ! Un très beau second rôle, shakespearien, très noir, décadent… qui tranchait totalement avec le curé de campagne qui est un saint ! »

Rien ne l’arrêtera plus : Bonaparte ardent dans La Conversation, de Jean d’Ormesson, valet manipulateur dans The Servant, petit et grand écran, agent de la Stasi dans l’excellente comédie Berlin Berlin… « Tout s’est bien enchaîné, le curé de campagne m’a mis le pied à l’étrier ! » Il n’a jamais délaissé bien longtemps ses projets personnels, comme ces vivifiantes leçons d’histoire, écrites pour être lues et jouées. « Même si j’avais un certain atavisme pour l’histoire de France, je ressentais le besoin de mieux la connaître, et me disais qu’il devait y avoir beaucoup de gens comme moi. On m’a assimilé à un intello, mais je me considère comme un type moyen, sourit-il. Je suis très laborieux ! » Il a choisi le style : « Beaucoup de grands écrivains se sont intéressés à l’histoire : Hugo, Chateaubriand, Dumas évidemment… Et quand on lit Michelet, on s’aperçoit que c’est aussi un styliste ! »

Il les a dévorés pour en tirer un véritable… roman national ? « Je l’assume complètement. Ce n’est pas du tout un gros mot pour moi ! J’aime cette tradition épique, lyrique et mythologique. Il y a l’histoire de France, la vraie, ce qu’il s’est passé… Et aussi, c’est important, cette histoire qu’on s’est racontée, surtout à partir du XIXe, pour faire corps. » D’Aboville s’est d’ailleurs aperçu qu’on avait fantasmé ce fameux roman national : « En réalité, il n’existe pas vraiment, ou alors de manière un peu scolaire… Ou tellement vaste que plus personne n’y a accès. Le style peut enflammer l’imaginaire ! C’est encore l’école Cochet. »

« Il y a l’histoire de France, la vraie… Et aussi cette histoire qu’on s’est racontée, surtout à partir du XIXe, pour faire corps »

De retour à l’affiche, ses deux leçons courent de l’an mil au Roi-Soleil. Elles avaient été complétées d’un troisième spectacle, consacré à la Révolution ; un Napoléon, en cours d’écriture, clôturera la fresque. Maxime d’Aboville reprend ses quartiers au théâtre de Poche, salue la directrice Stéphanie Tesson : « C’est un frère, venu ici alors que le théâtre était encore un chantier. Il est venu essuyer les plâtres, dans tous les sens du terme ! » Au foyer, l’intéressé détaille cet arbre généalogique dont les racines sont des planches : « J’aime l’esprit de cette maison. J’avais une affection dingue pour Philippe Tesson, une figure très importante de mon parcours. »

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Comme Michel Bouquet, autre père de théâtre, à qui il a consacré un spectacle ici même : « Je le connaissais par ses écrits, je l’aimais avant même de le rencontrer. » Il a tant apprécié cette génération : « Après, ça devient un peu moins intéressant… Chez les gens passionnants, je crois qu’il y a les jansénistes et les jésuites. Le style jésuite, c’est Tesson, sa malice, le génie du monde… c’est Voltaire ! Le style janséniste, c’est Bouquet, plutôt oratorien… c’est Robespierre. Beaucoup plus barré ! Paradoxalement, les jansénistes sont plus fous ! »

Intarissable sur Bouquet, son « rapport sacré au théâtre, vivifiant pour un acteur », le disciple se méfie de l’admiration : « Je lui préfère le sens de l’amitié… Les grands admiratifs ne prennent pas les gens comme ils sont. L’admiration fige l’autre, peut mener à la déception, voire au mépris… Quand j’aime, j’aime aussi la part misérable ! » Un écho à cette méfiance envers la pureté que l’on retrouvait dans son spectacle sur la Révolution, qui « dévore ses enfants », et dans Pauvre Bitos, la farce cruelle d’Anouilh qui dénonce l’épuration… Avec Les Justes, il va tirer de nouveau ce fil : « Camus vient du progressisme, il s’insurge, mais nous met en garde contre la tentation totalitaire… » Ce sera sa première mise en scène, à la demande d’anciens élèves. Il fait aussi des « masterclass » pour la profession !

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Sur scène, il jonglera encore la saison prochaine, de Shakespeare à Cochons d’Inde, une comédie de Sébastien Thiéry « totalement absurde, barrée », prévue pour janvier. Autant de déclinaisons de son amour du théâtre, cette « traversée d’une cruauté » qui mène à la rédemption, lançait-il en recevant, en novembre dernier, le prix du Brigadier, du nom du bâton qui sert à frapper les trois coups. C’est surtout un bâton de maréchal du métier, chaleureusement remis par Michel Fau.

Delphine Depardieu était aussi couronnée pour son rôle dans les magistrales Liaisons dangereuses : c’est une amie depuis le… cours Cochet, décidément. Les camarades de classe doivent se retrouver l’année prochaine pour Les Trois Moitiés de monsieur Thiers, de Daniel Colas, « une pièce extrêmement bien écrite, très drôle, fine, sur les débuts de l’arrivisme… ». Mais c’est une autre histoire. En attendant, elle suit son cours au Poche. Un cours enlevé, à suivre avant d’applaudir l’élève devenu un maître… de grande classe.


De l’an mil à Jeanne d’Arc, les jeudis à 19h et les samedis à 17h.

De 1515 au Roi-Soleil, les vendredis et samedis à 19h. Théâtre de Poche-Montparnasse (Paris 6e), 1h10, jusqu’au 5 juillet.

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