
Le Premier ministre, François Bayrou, a lancé l’idée d’un débat sur l’identité nationale, suscitant de nombreuses réactions au sein de la classe politique. Pourtant, la France arrive à un moment de son histoire où cette thérapie collective peut apparaître nécessaire et salvatrice, à une époque où ce « désir de vivre ensemble… ce plébiscite de tous les jours », dont parlait Ernest Renan, ne semble plus reposer sur l’adhésion à un certain nombre de valeurs communes.
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À un moment où le cinéaste Mathieu Kassovitz affirme que les « Français de souche » sont « des fins de race », où Jean-Luc Mélenchon déclare que « la ruralité n’est pas composée de ce rêve fou de Français de souche… », le temps n’est-il pas venu de débattre de cet imaginaire collectif ?
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Ce débat est donc nécessaire, parce que la France d’aujourd’hui – comme celle de 1980, qui refermait la parenthèse des Trente Glorieuses, lorsque cette sémantique de l’identité nationale est apparue – a perdu son leadership et son optimisme, laissant place à un sentiment de déclin. Et comme l’a montré l’historienne Anne-Marie Thiesse, le sentiment de vulnérabilité est à l’origine des revendications identitaires.
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À l’échelle de notre nation, comme dans de nombreux pays en Europe, la violence des transitions industrielles, numériques, environnementales, les transformations de la famille, l’individualisation des modes de vie, les nouvelles formes de pauvreté, les migrations subies, les violences numériques ou encore la banalisation de la violence dans les quartiers populaires comme en zones rurales légitiment l’ouverture d’un grand débat national. Les Gilets jaunes, le communautarisme électoral, les fractures territoriales et, pour d’autres, ce désir de réassurance nationale ne sont que les conséquences d’un refus de panser et de soigner nos fragilités.
Le débat devra être élargi à la pratique des religions, aux conséquences des dernières vagues migratoires, à notre conception de la laïcité
Nous devrons évidemment élargir le débat à la pratique des religions, aux conséquences des dernières vagues migratoires, à notre conception de la laïcité ; il est nécessaire d’interroger nos valeurs communes, qui reposent sur les principes de notre République et ont surmonté les crises du boulangisme et de l’affaire Dreyfus : les textes fondateurs sur l’école, les syndicats, la séparation des Églises et de l’État, mais aussi, au XXe siècle, le droit de vote des femmes, la Sécurité sociale, la loi Veil, l’abolition de la peine de mort…
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Si, comme le disait Héraclite, « on ne peut pas entrer deux fois dans le même fleuve », et si nous reconnaissons que cette notion d’identité nationale n’est pas figée, alors il nous faudra choisir, par exemple, entre ceux qui prônent le multiculturalisme ou le communautarisme, et les partisans d’une République une et indivisible refusant la juxtaposition des cultures et des communautés.
Quand on interroge les Français sur la notion d’identité et sur l’imaginaire qu’ils s’en font, on s’aperçoit que « l’identité nationale nourrit un imaginaire complexe, façonné par une multitude de facteurs historiques, culturels, linguistiques, religieux, géographiques… ». Il semble néanmoins de plus en plus difficile d’utiliser cette notion pour promouvoir la cohésion sociale et l’unité nationale.
Il est intéressant, par ailleurs, de souligner les différents imaginaires associés à cette notion. En effet, si, pour de nombreux ruraux, elle est façonnée par un mode de vie, des traditions, un ancrage territorial, pour les urbains, elle se caractérise par une dimension individuelle assumée, délaissant l’adjectif « national » et réduisant la notion d’identité à celle de liberté, de choix non subis.
Pourquoi vivre ensemble si tu annihiles mes libertés ? C’est la raison pour laquelle de nombreux Français préfèrent aujourd’hui utiliser la notion de culture française plutôt que celle d’identité française, comme si l’individualité avait pris le pas sur la territorialité ! Une évolution sémantique qui nous interroge à l’aune du XXIe siècle.
Une évolution bien comprise par Hannah Arendt, qui écrivait en juillet 1952 : « […] Nous sommes en présence d’États derrière lesquels il n’y a plus de peuple ; de territoires que leurs habitants ne veulent plus défendre contre la conquête étrangère ; et de peuples qui ne sont plus ni organisés, ni protégés par l’État, ni enracinés dans le sol. C’est là l’espace du désert au sein duquel se déchaînent les tempêtes de sable. »
*Brice Soccol, politologue, est l’auteur de Parlons-nous tous la même langue ? Comment les imaginaires transforment la France (avec Frédéric Dabi, Éditions de l’Aube, 2024, Prix Edgar Faure 2024).
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