L’essentiel
- Le cartel mexicain de Sinaloa a envoyé des chimistes dans le Var pour fabriquer de la drogue de synthèse en collaboration avec un réseau local, comme l’indique Europol.
- Un laboratoire de fabrication de drogues a été découvert dans une villa de luxe dans l’arrière-pays varois, produisant environ 400 kg de méthamphétamine, ce qui représente « les saisies annuelles réalisées en France ces dernières années », selon le procureur de Marseille.
- C’est la première fois que des chimistes mexicains sont impliqués dans une telle opération en France.
La Côte d’Azur prend des airs de la série Narcos. Le puissant cartel mexicain de Sinaloa a envoyé des chimistes dans le Var, près de Toulon, pour fabriquer de la drogue de synthèse, a indiqué mercredi Europol. Les investigations, menées par la gendarmerie nationale, ont révélé que les Sud-Américains avaient passé un accord avec un réseau local : ses organisateurs « s’appuyaient fortement sur le soutien logistique, l’expertise et la préparation fournis par les cartels mexicains », souligne l’office européen de police qui lutte contre les grandes organisations criminelles et terroristes. Les Sud-Américains, eux, « dépendaient d’intermédiaires locaux pour ancrer leurs opérations et étendre leur influence », poursuit l’agence de police européenne.
L’affaire a commencé en juin 2024. Deux hommes sont interpellés alors qu’ils s’apprêtaient à récupérer 215 kg de cristaux de méthamphétamine stockés dans un box près de Brignoles. Les suspects ne sont pas inconnus de la justice puisque tous deux ont déjà été mis en cause dans une précédente affaire de trafic de cocaïne. L’un d’eux est, détail troublant, le beau-frère d’un narcotrafiquant mexicain. Les investigations permettent d’identifier 15 suspects qui ont été interpellés en France, le 15 mai dernier, par la gendarmerie nationale. Huit d’entre eux ont été mis en examen pour « importation, production et trafic international de produits stupéfiants en bande organisée » ainsi que « blanchiments ».
Au cours de cette opération, les gendarmes découvrent un laboratoire de fabrication de drogues, installé dans une villa de luxe, située dans l’arrière-pays varois. Les enquêteurs estiment que 400 kg y ont été produits. « Cette saisie correspond à elle seule aux saisies annuelles réalisées en France ces dernières années », explique le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, dans un communiqué publié samedi 24 mai. Environ 150.000 euros ont été investis. La vente au détail de la drogue aurait pu rapporter 11 millions d’euros à ce réseau qui comptait l’exporter en Espagne ou en Belgique.
Ce réseau était « étroitement lié au cartel mexicain de Sinaloa », souligne pour sa part Europol dans son communiqué. Cinq chimistes mexicains ont ainsi traversé l’Atlantique pour l’aider à mettre en place ce laboratoire et fabriquer et distiller leurs conseils. Ils sont rentrés avant l’intervention de la gendarmerie. « Pour que ça fonctionne bien, il faut du savoir-faire. Il faut des chimistes qui savent faire les bons dosages et éviter tous les accidents qui peuvent survenir à l’occasion de la fabrication de ce type de produit », a déclaré sur RTL le général Dominique Lambert, sous-directeur de la police judiciaire de la gendarmerie. « C’est la première fois que nous découvrons la présence de chimistes mexicains, a-t-il précisé sur Europe 1. Pour autant, on sait que ces groupes criminels organisés de très haut du spectre sont en lien sur le continent européen avec des groupes organisés qui sont parfois de moindre envergure. »





