Encore un voyage, encore une menace, encore une leçon : Emmanuel Macron cible à nouveau Israël. Depuis Singapour, entre deux escales diplomatiques et un sommet sans relief, le président français a trouvé le temps de lancer un avertissement solennel : si l’aide humanitaire ne passe pas à Gaza, des sanctions tomberont contre Israël. Le ton se veut grave, l’attitude martiale. Comme souvent avec Emmanuel Macron, la parole précède l’action. Et l’action… ne vient jamais.
Ce n’est pas une première. Depuis les horreurs du 7 octobre 2023, le chef de l’État s’adresse à Israël comme à un élève indiscipliné : réprimandes, inquiétudes, admonestations. Il parle d’« équilibre », de « proportion », de « légitimité » — toujours dans ce langage flou, calibré pour ne froisser personne, et qui finit par lasser tout le monde. Israël, sans surprise, commence à saturer.
Car ce qui frappe, dans cette nouvelle sortie, ce n’est pas la fermeté du propos. C’est le réflexe pavlovien. À chaque prise de parole sur le Proche-Orient, Macron commence par Israël, avant même de mentionner le Hamas, l’Iran ou les otages. Comme si le problème central, c’était Jérusalem — pas Gaza, pas Rafah, pas le 7 octobre.
Emmanuel Macron se targue de parler à tout le monde, de n’être l’ennemi de personne. Sauf qu’à force de vouloir ménager les deux camps, il finit par irriter les deux. En dénonçant haut et fort l’action militaire d’Israël, tout en murmurant ses critiques contre le Hamas, il prétend jouer les équilibristes. Mais dans cette région du monde, l’équilibrisme sans colonne vertébrale devient vite de l’incohérence.
Il ne s’agit pas ici de valider l’offensive israélienne, ni de taire les drames civils à Gaza. Il s’agit de constater que la posture française, censée être celle de l’équilibre, est devenue inaudible. Le Quai d’Orsay prône la « désescalade » pendant que le président menace de sanctions. On reconnaît le droit à la sécurité d’Israël, puis on annonce qu’un État palestinien est une urgence morale — mais sans en fixer ni le contour, ni les garants. Résultat : personne ne suit.
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Et pendant ce temps, le gouvernement israélien monte dans les tours. Cette semaine, le ministère des Affaires étrangères a accusé la France de mener une « croisade contre l’État juif ». Une formule rare, grave, et qui marque une rupture. Parce que pour Israël, la France n’est plus une puissance amie, mais une alliée volage, versatile, et surtout imprévisible.
La vérité, c’est que la France d’Emmanuel Macron n’incarne plus une position centrale. Elle s’agite seule, convaincue de jouer les médiateurs, alors qu’elle n’est plus qu’un électron libre brouillon. Sans levier, sans relais, sans crédibilité. La diplomatie du « en même temps » a trouvé sa limite : elle ne convainc plus personne, ni là-bas… ni ici.
En 2025, on ne gouverne pas la France sans mesurer les répercussions de Gaza
Et si, au fond, la cible d’Emmanuel Macron n’était pas Netanyahou, mais les sondages ? Et si cette posture diplomatique, à peine déguisée, cachait une manœuvre de politique intérieure ? En 2025, on ne gouverne pas la France sans mesurer les répercussions de Gaza dans les quartiers, sans anticiper les tensions communautaires, sans surveiller les braises qui couvent en silence dans certaines banlieues. Emmanuel Macron le sait. Chaque mot sur Israël ou la Palestine ne s’adresse pas qu’au monde. Il parle aussi à une France fracturée, traversée de colères, d’identités blessées, de fidélités déplacées.
En durcissant le ton contre Israël, le président envoie un signal. Aux banlieues, à ceux qui ont déserté les urnes, aux influenceurs TikTok qui font l’opinion chez les moins de trente ans. Une façon de reprendre pied à gauche, de caresser certains électorats dans le sens du drapeau palestinien, de montrer qu’on n’a pas complètement perdu la boussole morale. Mais qui croit sérieusement que Paris va imposer un cessez-le-feu à Gaza quand même Washington recule ? Il ne s’agit pas d’agir, de dire.
Quant à la reconnaissance d’un État palestinien, à qui donner les clés ? Au Hamas, groupe terroriste qui a organisé le pogrom du 7 octobre ? À une Autorité palestinienne discréditée et corrompue, sans aucun contrôle sur Gaza depuis vingt ans ? Derrière les grands mots, le vide. Et derrière ce vide, une cible bien réelle : la paix sociale. Ce n’est plus de la politique étrangère, c’est de la politique intérieure déguisée en diplomatie. Une diplomatie-miroir, où l’on brandit Gaza pour mieux parler aux banlieues. Tout ça pour gratter quelques points dans les sondages.
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