
Qui l’eût cru ? Ce n’est ni Arthur Fils (fracture de fatigue au dos avant le 3e tour), ni Gaël Monfils, ni Giovanni Mpetshi Perricard (éliminé dès son 2e match) qui porteront les couleurs tricolores à partir de demain porte d’Auteuil. Défiant les pronostics les plus optimistes, Loïs Boisson, totalement inconnue du grand public et bénéficiaire d’une invitation, a franchi le cap de la première semaine à Roland-Garros. Au début de la quinzaine, le tennis féminin national apparaissait pourtant dépassé avec une unique représentante dans le top 100, Varvara Gracheva (battue d’entrée), et tout semblait indiquer qu’il faudrait s’en tenir aux performances des garçons et de leur nouveau chef de file, Arthur Fils, classé 14e mondial…
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Pour parvenir en huitièmes de finale, la jeune femme (22 ans) s’est d’abord offert la queue-de-cheval d’une tête de série, la Belge élise Mertens (6-4, 4-6, 6-3) avant d’expédier au vestiaire l’Ukrainienne Anhelina Kalinina en à peine une heure (6-1, 6-2). Le tableau a voulu qu’elle affronte une compatriote hier, Elsa Jacquemot (même âge, 138e), qui s’était débarrassée d’une ancienne top 3 en la personne de la Grecque María Sákkari (6-3, 7-6), puis de l’Américaine Alycia Parks (6-2, 6-7, 6-1).
Le duel s’est déroulé sur le court Simonne-Mathieu devant des spectateurs encourageant avec un plaisir identique l’une ou l’autre. Avant la rencontre, Pauline Parmentier, qui gère désormais la filière féminine (15 ans et plus) à la Fédération française de tennis, donnait ses pronostics sur le site internet de la FFT : « Je pense que Loïs a un peu plus d’armes pour gagner et aller en huitièmes. » Bien vu ! La Dijonnaise (son père a été manager général du club de basket de la ville bourguignonne) a maîtrisé Elsa Jacquemot dans le premier set (6-3) avant de se plaindre du genou gauche (une douleur qu’elle dit ressentir régulièrement) et de laisser filer la deuxième manche (0-6). La dernière fut accrochée et pleine de tension nerveuse (7-5). Elle devient la joueuse la plus mal classée à atteindre les huitièmes à Paris.
La Dijonnaise de 22 ans revient d’une grave blessure
L’histoire est belle. Il y a un an, en pleine ascension, Loïs Boisson soulevait son premier titre significatif à Saint-Malo (catégorie WTA 125). Elle flirte alors avec la 150e place. Assurée d’être invitée à Roland-Garros et de jouer sur une surface qu’elle affectionne, elle se blesse hélas gravement peu avant, durant le trophée Clarins (un autre WTA 125). Verdict : rupture d’un ligament croisé. Éloignée des terrains, elle ne souhaite pas se précipiter pour revenir à la compétition.
Sa progression avait auparavant été freinée par une blessure à l’épaule droite. Comme pour conjurer le mauvais sort, elle s’est fait tatouer le mot « résilience ». Entraînée par le Lyonnais Florian Reynet, reconnaissable à ses longs cheveux accrochés en chignon, elle a abordé le rendez-vous parisien pleine de confiance. « J’ai le niveau pour rivaliser avec toutes les filles qui sont ici », se convainc-t-elle. Son corps, taillé à la manière d’une sculpture antique, son revers slicé et ses lourdes frappes de la main droite font des ravages. « Quand elle a le temps d’installer son tennis, c’est fabuleux ce qu’elle développe grâce à son jeu de jambes et sa puissance », analyse Pauline Parmentier, elle-même huitième de finaliste à Roland-Garros en 2014.
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Peu démonstrative sur le court, elle sait haranguer la foule quand il le faut et se réjouit de la rencontre qui l’attend contre l’Américaine Jessica Pegula (31 ans, 3e) : « Ça va être top, il y aura une super ambiance et je suis heureuse de jouer ce match ». Interrogée sans savoir laquelle des deux tricolores elle affronterait, la finaliste du dernier US Open lâche : « Ouh là ! Le public va les soutenir, mais je sais passer outre. J’ai déjà joué avec des spectateurs très bruyants. Ce sera marrant et intéressant. »
Quel que soit le résultat (une victoire serait un authentique exploit), Loïs Boisson est assurée de repartir de Paris avec un chèque de 265 000 euros (la dotation pour un huitième de finale). Sur le site www.soutienstonsportif.fr, géré par la Fondation du sport français, elle avait lancé l’hiver dernier un appel aux dons pour financer sa préparation. Elle n’avait récolté que… 100 euros. Elle n’en a plus besoin.
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