
Mardi soir, une étrange procession d’hommes en costume sombre, le visage blême, traverse la cour de l’hôtel de Matignon, dans un silence pesant. Les directeurs de cabinet des ministres du gouvernement sont groggys, sonnés par le savon que vient de leur passer leur supérieur, Nicolas Pernot, directeur de cabinet du Premier ministre. Leurs pistes d’économies sont jugées « très insuffisantes ». « J’ai l’impression que vous n’avez pas bien saisi la gravité de la situation ! » tonne le patron. Le sermon dure plusieurs minutes, personne ne moufte. Nicolas Pernot met en garde contre ceux qui seraient tentés de répondre qu’un effort trop radical « se traduirait par un musée des horreurs » et, à terme, par l’effondrement des services de l’État.
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Quelques heures après le sang et les larmes promis par François Bayrou sur RMC, qui demande « un effort à tous les Français », Matignon en demande autant à ses administrations. De la même façon que le Premier ministre veut « ambiancer les Français sur la gravité du moment, confie un ministre, il veut nous faire passer le message qu’il ne bluffe pas ». À juste titre, commente un autre, « nous sommes allés supplier Bruxelles la corde au cou, sur l’air d’‘‘encore un moment, Monsieur le Bourreau’’, mais cette fois, nous ne pouvons plus nous dérober ». Le FMI ne vient-il pas de mettre la pression sur la France en l’incitant à prendre des « mesures décisives »… Sinon quoi ? « Sinon, les costumes croisés vont débarquer, prévient un proche de François Bayrou. Souvenez-vous de la Grèce qui expliquait qu’elle ne pouvait pas faire plus d’efforts sur les retraites ou ses aides sociales, le FMI les a faits pour elle… » Autre signe d’inquiétude qui illustre le lent déclassement de la France, le PIB par habitant de l’Italie a rattrapé celui de la France et ses comptes publics sont en excédent sur la fin 2024.
Le spectre d’une augmentation du taux de TVA est dans toutes les têtes
Autant de faits qui nourrissent la réflexion du Premier ministre sur des arbitrages que la plupart de ses visiteurs annoncent radicaux. Côté fiscalité, le spectre d’une augmentation du taux de TVA est dans toutes les têtes. François Bayrou a d’ailleurs missionné les partenaires sociaux d’une réflexion sur le sujet pour alléger les charges qui pèsent sur le travail. Un fin connaisseur de la grammaire MoDem n’y croit pas, rappelant le côté « injuste » d’une telle mesure, frappant indifféremment les Français, modestes ou aisés. Il table plutôt sur « l’esprit punk » des élus centristes qui, en 2023, avaient défendu une taxe sur les rachats d’actions versés par les grandes entreprises.
De même, plutôt qu’une hausse généralisée de la fiscalité, Matignon envisagerait l’extinction de toute une série d’avantages fiscaux, permettant de mieux cibler la répartition des efforts. Côté économies, l’affichage d’une diminution du nombre de fonctionnaires, sur plusieurs années, semble acquis. Prioritairement par le non-remplacement de départs en retraite, mais aussi par « la fermeture de certaines agences de l’État, dont la liste n’est pas formalisée pour éviter que la fronde s’organise », décrypte un ministre. Quant aux collectivités territoriales, le ministre en charge, François Rebsamen, a fait ses comptes : leur poids dans le déficit public étant de 7 %, leur effort ramené à 40 milliards d’économies se chiffre à 2,8, voire 3 milliards, mais pas davantage. « Je vois mal les députés sacrifier les élections municipales à venir sur le dos de la dette », glisse l’élu dijonnais qui rappelle que dans la foulée des municipales viendront les sénatoriales…
Les directeurs de cabinet sont donc rentrés en leurs ministères avec des copies biffées. Ils ont dix jours pour bachoter de nouveaux plans d’économies que les ministres viendront, un à un, défendre dans le bureau d’Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, en lien avec Matignon. Car in fine, seul François Bayrou tranchera. Et le Premier ministre a fait passer la consigne à ses ministres de ne pas jouer de ballons d’essai. François Rebsamen, qui a récemment suggéré de réinstaurer un embryon de taxe d’habitation, en a fait les frais, sévèrement recadré par Bayrou dans nos colonnes le 4 mai.
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Le Premier ministre entend tout annoncer d’un coup, et les Français sont prévenus : ce sera massif
Le Premier ministre entend tout annoncer d’un coup, et les Français sont prévenus : ce sera massif. « Les présidentiables qui sonnent l’alerte et prétendent qu’on ne peut rien faire en seront pour leurs frais, glisse un proche de François Bayrou. Il va leur montrer qu’il fait le boulot pour eux. » Ou pour lui… s’il réussit à être le premier homme politique à inverser durablement la trajectoire de la dépense publique. Politiquement, le pari relève de la mission impossible. François Bayrou compte sur un effet blast – lorsqu’il dévoilera son plan mi-juillet – et la prise à témoin de l’opinion publique pour contraindre les partis à jouer le jeu au nom de l’intérêt général. Conscient qu’il joue là son avenir à Matignon, François Bayrou confiait à un chef de parti reçu cette semaine être « prêt à partir sur la question budgétaire », se comparant à Pierre Mendès France : « Il n’est resté que huit mois à Matignon, mais il a marqué l’histoire. »
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