Certains avaient placé en lui de grands espoirs lors du dernier conclave, mais l’Esprit saint en a décidé autrement. Qu’importe : la voix du cardinal Sarah reste l’une des plus écoutées et respectées dans l’Église. Et le nouveau pape Léon XIV – dans un geste significatif – ne s’y est pas trompé, en le nommant envoyé spécial pour présider les célébrations des 400 ans des apparitions de Sainte-Anne-d’Auray, en Bretagne.
Préfet émérite du dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements, le cardinal Sarah accorde aujourd’hui un long entretien à l’éditeur italien Cantagalli. Il y répond avec la vigueur et la clarté qui le caractérisent. D’emblée, une interrogation fondamentale, posée en ouverture du livre, donne le ton : Dieu existe-t-il ? Une question qui touche au plus intime de l’homme, et qui résonne aussi bien dans les épreuves que dans les joies, dans les ténèbres que dans la lumière. Aucun être n’y échappe, rappelle Cantagalli : « Grands saints et pécheurs, croyants et athées, intellectuels et gens simples. » Mais comment répondre à cette question métaphysique ? Le cardinal convoque saint Augustin en exergue : « Cherchons donc comme si nous devions trouver, et trouvons dans l’intention de toujours chercher […] Quand je te cherche, toi, mon Dieu, c’est une vie de bonheur que je cherche. »
Les deux auteurs n’ont pas l’habitude de la langue de bois. Cantagalli ose demander, à la suite de Nietzsche : en Occident, Dieu n’est-il pas déjà mort ? L’auteur du Gai Savoir y avait déjà répondu : « Nous l’avons tué – vous et moi. » Mais le cardinal préfère renverser le raisonnement : « Paradoxalement, c’est l’homme qui est mort, incapable de reconnaître et d’écouter cette Présence. » Autrement dit, Dieu n’est pas mort, mais l’homme moderne l’a relégué dans les marges de son existence, préférant les ténèbres à la lumière, selon les mots de l’évangéliste Jean (3,19).
Sans Dieu, le monde s’enfonce dans le mensonge et l’égoïsme. Et l’Occident, miné par ses propres dérives, devient alors un « bateau à la dérive », selon les mots du cardinal Sarah : exposition des enfants à la pornographie, mépris des personnes âgées et des malades… Sommes-nous condamnés à ne proposer que du vide, laissant proliférer les idéologies les plus folles ? Le cardinal ne répond pas par une démonstration, mais par une invitation : chercher, écouter, et se laisser transformer. Une parole forte, sans concession, mais emplie d’espérance, et qui exhorte au combat.
Le silence donne accès à la source, à ce qui nous transcende
Ce livre ne se perd pas dans des détours conceptuels, philosophiques et métaphysiques ; il appelle plutôt à regarder le monde en face, avec lucidité, mais aussi avec « la certitude raisonnable que ce qui est invisible existe aussi ». La réponse aux maux de l’époque ne viendra pas d’une réforme institutionnelle, mais d’un retour au cœur : dans la rencontre avec l’invisible, là où peut s’opérer le bouleversement intérieur propre à toute véritable conversion. Vladimir Soloviev est convoqué pour illustrer cette soif d’absolu propre à l’homme : « L’infinité de l’âme humaine […] pousse à chercher une vie pleine, universelle et éternelle. » C’est aussi dans cette quête que le cardinal Sarah dévoile une part de lui-même. Il partage son propre chemin vers Dieu, une voie marquée par le silence, qu’il considère comme la clef de toute vie spirituelle. Le silence, dit-il, donne accès à la source, à ce qui transcende l’homme, et permet de discerner le vrai et le juste. C’est de cette intériorité que peut naître un regard nouveau sur le monde – un regard émerveillé, ouvert à la beauté, reflet de l’éternité à laquelle l’homme est appelé.
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Dans cette perspective, le cardinal Sarah s’inscrit dans la continuité du pape Léon XIII qui, dans Rerum novarum (1891), posait déjà le même diagnostic pour soigner les maux du siècle : « Une abondante effusion de charité chrétienne », qui « résume tout l’Évangile » et constitue un remède sûr « contre l’arrogance du siècle et l’amour immodéré de soi-même ».

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