Nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française. Par cette phrase, le Code civil est beaucoup plus clair que nombre de responsables politiques quand il s’agit d’appréhender l’assimilation. Pour ma part, j’ai toujours fait mienne cette façon d’épouser la culture et les mœurs du pays d’accueil. La condition suprême d’une assimilation réussie réside dans l’envie de partager l’imaginaire de l’autre, non pas pour devenir son clone mais pour chérir les mêmes sentimentalités. Autrefois promesse d’avenir, cette condition est en train de se transformer en véritable naufrage.
Comment, en effet, voulez-vous avoir envie de vous assimiler à un pays, et plus largement à une civilisation qui institutionnalise un délit d’entrave punissant celui qui préférera soigner plutôt que de donner la mort. La manière dont les pro-euthanasie sont convaincus d’avoir raison est proprement fascinante. Certains de se trouver dans le camp du bien et dans le bon sens de l’histoire, ils ne mesurent pas combien l’adoption en première lecture d’un tel texte a heurté un grand nombre de Français d’origine immigrée. Le summum de l’aveuglement a été atteint lorsque Sandrine Rousseau a proposé d’ouvrir l’aide active à mourir aux migrants.
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Un glissement éthique majeur
La plupart de nos concitoyens musulmans ont forgé leur intime conviction dans la croyance religieuse. Du point de vue de l’islam, la mort ne peut être hâtée puisque l’heure de départ n’appartient qu’à Dieu. Mais ni le Coran ni les nombreux hadiths (propos rapportés par le Prophète) n’éclairent d’une lumière claire et incontestable de telles situations. Reste que les termes du débat ont pu laisser penser qu’en France, et plus largement en Occident, on peut désormais tuer son prochain dans le cadre de soins prodigués.
Ce glissement éthique majeur a beaucoup interpellé, par exemple, de l’autre côté de la Méditerranée. Beaucoup se demandent à quoi ressemble une société qui préfère encourager dans certains cas le suicide plutôt que de tout faire pour l’empêcher. J’ai récemment échangé à ce sujet avec une soignante d’origine algérienne, qui m’a confié son effroi et sa crainte d’élever ses enfants dans un pays qui refuse de nommer ce qu’il vient d’entériner, à savoir l’euthanasie.
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La question majeure de la démographie structure le devenir d’une société
Elle m’a aussi longuement parlé du véritable problème qui est de son point de vue le délaissement des aînés, une forme d’euthanasie déguisée. Vieillir n’est ni un malheur ni une maladie. Une société se juge à sa manière de s’occuper de ses vieillards.
Une assimilation à l’envers
Une société se juge aussi à sa façon de traiter ses enfants. Dans ce domaine, l’initiative « no kids », consistant à proposer des lieux interdits aux plus jeunes, m’a profondément interpellée. Si on peut comprendre l’envie de certains de se retrouver dans un hôtel ou un restaurant sans cris ni chamailleries, je trouve qu’une telle tendance, dans un pays où la vitalité démographique est en berne, n’est pas de bon augure. Faut-il d’ailleurs s’en étonner ? Lorsque tout a été fait pour détruire la politique familiale, comment espérer que la famille et l’enfant redeviennent sources d’espérance ? Plus largement, la question majeure de la démographie est quasi absente de tous les discours politiques, alors qu’elle structure le devenir d’une société.
Une civilisation qui ne se préoccupe plus de ses aînés et de ses enfants est-elle vraiment désirable ? Peut-on espérer un projet d’assimilation quand on se renie à ce point ? Si la France est en train de vivre une assimilation à l’envers, c’est essentiellement en raison du nombre d’entrées incontrôlées sur son sol, mais aussi car le projet France ne donne plus tellement envie. Pour espérer assimiler, il est urgent de reconsidérer notre manière d’appréhender les deux moments fondamentaux de la vie : l’enfance et la vieillesse. À l’oublier, notre société risque de continuer à désassimiler à tour de bras. Un pays qui ne protège pas ses aînés, un pays qui ne dit pas « les enfants d’abord », un pays qui crache sur ses fondamentaux ne peut pas demander aux nouveaux arrivants de vouloir lui ressembler.
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