L’essentiel
- Dix-huit ans après la disparition de la petite Maddie, des opérations de fouilles sont en cours à Praia da Luz au Portugal.
- Les enquêteurs portugais et allemand inspectent différentes zones autour de la maison du principal suspect, Christian Brückner.
- Cet Allemand déjà condamné pour viol dans la région pourrait être libéré à partir du mois de septembre.
Faut-il y voir une opération de la dernière chance ? Dix-huit ans après la disparition de Maddie, cette petite Anglaise de 3 ans enlevée un soir de mai 2007 au Portugal, une vaste opération de fouilles est en cours depuis mardi. Les recherches, prévues pour durer jusqu’à vendredi, se concentrent autour de la ville de Praia da Luz, dans le sud du pays. C’est là que séjournait la fillette, en vacances avec ses parents, lorsqu’elle a mystérieusement disparu de la chambre qu’elle partageait avec son frère et sa sœur. C’est surtout dans cette petite commune que résidait, à l’époque des faits, le principal suspect, Christian Brückner, un Allemand, au lourd passé judiciaire.
Les recherches, menées dans le cadre d’un mandat émis par le ministère public de Brunswick, dans le nord de l’Allemagne, se concentrent autour de plusieurs bâtiments abandonnés et de zones broussailleuses autour de l’ancienne maison du suspect. Les enquêteurs portugais et allemands sont notamment équipés de radars de dernière génération pouvant détecter la présence d’un corps enseveli à plusieurs mètres de profondeur. Si de tels moyens sont déployés, c’est parce que dans ce dossier, les preuves matérielles manquent cruellement. Les précédentes opérations de fouilles se sont avérées veines.
Faisceau d’indices
Pendant quinze ans, les pistes suivies dans cette affaire se sont avérées des impasses. Les parents de la fillette ont un temps été soupçonnés avant d’être blanchis. Les enquêteurs ont ensuite travaillé sur deux pédocriminels écossais, puis un premier Allemand. En vain. Mais en 2020, coup de théâtre : après des années d’errance, la police allemande désigne Christian Brückner, comme suspect n°1. Outre-Rhin, le procureur se dit même « convaincu » de sa culpabilité tout en reconnaissant ne pas avoir suffisamment d’éléments pour l’inculper.
A l’époque de la disparition de Maddie, Christian Brückner vivait à la lisière de Praia da Luz, à sept kilomètres du lieu où la famille séjournait. Selon la police allemande, l’homme était connu localement pour commettre des « cambriolages dans des complexes hôteliers et des appartements de vacances ». Surtout, son téléphone portable a borné le soir du drame à proximité de leur logement.
Le profil du suspect est également inquiétant. Son casier judiciaire est marqué par dix-sept condamnations. Et s’il n’a jamais été condamné pour enlèvement ou meurtre, plusieurs affaires de violences sexuelles jalonnent son parcours criminel. En 1994, alors qu’il est encore mineur, il est condamné pour « acte sexuel devant un enfant ». En 2016, pour détention d’images pédocriminelles.
Brückner libéré en septembre ?
Surtout, l’homme purge actuellement une peine pour le viol d’une septuagénaire américaine, en 2005, Praia da Luz. La ville, donc, où a disparu Maddie. La victime a raconté que son agresseur s’était introduit chez elle, l’avait attachée et bâillonnée. En reprenant différentes affaires non élucidées survenues dans le sud du Portugal, les enquêteurs se sont aperçus que son récit faisait écho à plusieurs autres. Celui d’une septuagénaire violée dans la même région. Dans sa plainte, cette femme racontait avoir été attachée, fouettée et filmée. Tout comme l’a été une ado allemande violée à Praia da Luz. Agée de 14 ans, la victime a été ligotée nue à un poteau, fouettée, avant de se voir imposer un rapport oral.
En 2024, Christian Brückner est jugé devant une cour d’assises pour trois viols – dont les deux cités ci-dessus – et deux agressions sexuelles. En Allemagne, le procès a un retentissement immense. Dans leur réquisitoire, les procureurs qualifient l’accusé de « dangereux sadique psychopathe ». Un expert psychiatre estime qu’il appartient à « l’élite de la dangerosité ». Mais en octobre, après plusieurs mois de délibérations, le verdict tombe : acquittement. La cour souligne le manque de preuves – notamment d’ADN – dans les différentes affaires.
Ce verdict sonne comme un véritable camouflet pour le parquet allemand. Il ouvre la voie à la sortie de détention de Christian Brückner qui aura fini de purger sa peine pour le viol de l’Américaine au mois de septembre. Il affaiblit également les investigations dans l’affaire Maddie où aucun élément accablant n’a été découvert. Christian Brückner, de son côté, n’a eu de cesse de nier. Dans une lettre écrite en 2023, après les fouilles, il reprochait aux enquêteurs de « créer un monstre ».





