L’histoire de la RDA a-t-elle quelque chose à apprendre à l’honnête homme d’aujourd’hui ? On pourrait le croire. Le sujet passionne une nouvelle génération d’historiens qui s’est donnée pour mission de la raconter. De nombreux ouvrages sont parus en quelques années, certains complaisants et mélancoliques, occupés à mythifier l’expérience du socialisme réel, d’autres réalistes, n’oubliant pas le mauvais sort d’un peuple surveillé par la Stasi et soumis à une expérimentation idéologique inédite.
J’en note deux, parmi d’autres. D’abord, Au-delà du mur de Katja Hoyer, paru en 2025 chez Passé composé. L’ouvrage, passionnant, alterne entre l’histoire politique et l’histoire de la vie quotidienne. Ensuite, The Man Who Built the Berlin Wall, paru en 2023. Une biographie d’Erich Honecker, le dirigeant le plus connu de la RDA, qui, d’ailleurs, de son exil chilien après la chute du mur pleurera pathétiquement son socialisme perdu.
L’État de droit sert évidemment de masque idéologique à un régime autoritaire
J’en arrive à l’essentiel. Qui s’intéresse à l’histoire de la RDA tombe inévitablement sur la phrase suivante : « Cela doit avoir l’air démocratique, mais nous devons tout contrôler. » Cette formule devenue célèbre de Walter Ulbricht fut à l’origine de la construction politique de l’Allemagne de l’Est au moment de la guerre froide. Il l’a prononcé en 1945, environ, alors que les communistes voulaient faire croire qu’ils étaient de parfaits démocrates.
Il y avait une forme de pluralisme organisé en RDA, au sein d’un bloc qui fixait la ligne commune. Les partis est-allemands, calqués à bien des égards sur les partis de la RDA, y étaient représentés de manière minoritaire et le Parti socialiste unifié, lui, était clairement majoritaire. La distribution des sièges était fixée d’avance, le rapport de force ne pouvait se renverser. Le socialisme était obligatoire et les autres partis devaient l’accepter avant de faire un peu de figuration pluraliste.
La phrase de Walter Ulbricht n’interpelle-t-elle pas les Européens d’aujourd’hui, même si la domination politique et idéologique en Europe est plus subtile ? Certes, le grand théâtre électoral existe encore, et théoriquement tout le monde peut y participer, mais il est entendu que le bloc central ou du moins les partis du système doivent l’emporter. S’ils se sentent menacés, ils pourront déclarer une forme d’état d’exception en changeant les règles du jeu. L’État de droit sert évidemment de masque idéologique à un régime autoritaire qui partout impose le programme mondialiste et diversitaire. La caste ne se laissera pas déloger.
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La troisième saison de Baron noir avait prédit la présente séquence politique. On s’en souvient, Philippe Rickwaert manigançait pour faire annuler l’élection présidentielle française, car le méchant populiste allait l’emporter au second tour contre la présidente d’extrême-centre. Depuis, les Roumains ont vu leurs élections trafiquées, l’AFD en Allemagne menacée d’interdiction et Marine Le Pen décapitée juridiquement. La censure, partout, s’installe.
Michel Geoffroy l’avait compris. Dans La super-classe mondiale contre les peuples, dès 2018, il écrivait : « En Occident, on harcèle les dissidents politiques comme dans n’importe quel pays totalitaire. Tout est bon pour les traîner devant les tribunaux. Cela permet de nuire à leur image dans l’opinion, et de leur infliger des peines financières, voire des interdictions de se présenter aux élections qui nuisent à leur action. » Peut-être le régime cherche-t-il à tout verrouiller parce qu’il se sent vraiment menacé ?
J’en reviens à la biographie d’Erich Honecker, plus haut mentionnée. Elle permet de pousser plus loin la réflexion historique. Honecker, dans les derniers temps de la RDA, était opposée aux concessions faites aux opposants démocratiques. Il était convaincu d’une chose : la moindre brèche dans le système risquait d’engloutir le monde socialiste. Les brèches sont venues, l’engloutissement aussi. La nomenklatura européiste a retenu la leçon. Et elle ne cèdera rien.
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