
C’est un chiffre qui dit tout : 407 milliards d’euros. En 2024, c’est le coût total des retraites publiques en France. Soit 13,9 % du PIB, un record européen – ou presque. Et près d’un quart des dépenses publiques. Plus que l’Éducation nationale, plus que la Défense, plus que la transition écologique. Un gouffre. Un totem. Un tabou.
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Le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), dévoilé cette semaine, est un avertissement sans nuance : le système est structurellement déficitaire, et il le restera tant que des décisions courageuses ne seront pas prises. Le déficit atteindra 15 milliards d’euros par an en 2030, puis 30 milliards dès 2045. Et les mesures engagées en 2023 – recul de l’âge légal à 64 ans – sont déjà insuffisantes.
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Alors que faire ? Le COR a étudié plusieurs scénarios. Tous les chemins mènent à un même horizon : reculer encore l’âge légal de départ à la retraite. Selon les projections, il faudrait passer à 66,5 ans à l’horizon 2070 pour espérer sauver le système. Dit autrement : le débat n’est pas de savoir si on devra encore travailler plus longtemps, mais quand on acceptera de l’entendre.
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Car la France vit dans un déni collectif, entretenu par une classe politique tétanisée. Aucun camp ne veut affronter la réalité, de peur de braquer les retraités, cette majorité silencieuse et puissante. À chaque élection, quasiment un électeur sur deux est retraité. Voilà pourquoi le sujet est enterré, voilà pourquoi une partie de la gauche rêve encore d’un retour aux 60 ans, et voilà pourquoi, à droite comme à gauche, on feint de croire qu’il existe d’autres solutions miracles.
Mais ces « solutions », le COR les démonte : baisser les pensions ? Récessif. Augmenter les cotisations ? Asphyxiant. Le seul levier qui ne casse pas la croissance, qui augmente les recettes fiscales et améliore l’emploi, c’est le report de l’âge légal. C’est un choc d’offre. C’est une politique de l’offre intelligente.
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D’autant plus que la France vit sur une anomalie sociale : nous sommes le seul pays au monde où les retraités vivent mieux que les actifs. En niveau de vie médian, en patrimoine, en consommation. Un modèle unique, construit à une époque où les baby-boomers étaient actifs et les caisses pleines. Mais aujourd’hui, ce modèle pèse sur une génération d’actifs épuisée, matraquée, pressurée. Un ras-le-bol profond monte, encore diffus mais bien réel. Avec une idée simple : « Il faut baisser les retraites géantes des boomers et rendre aux actifs le fruit de leur travail. »
Ce n’est pas (encore) un mouvement structuré. Mais c’est un signal. Une colère sociale qui pourrait basculer, un jour, dans une colère politique. Le contrat social français repose sur une promesse : cotiser pour les autres aujourd’hui, et être protégé demain. Mais que se passe-t-il lorsque les jeunes générations n’y croient plus ? Lorsque ceux qui paient aujourd’hui n’ont plus la certitude de toucher quoi que ce soit demain ?
Alors oui, le sujet est explosif. Mais ne pas l’aborder, c’est plus qu’un aveuglement : c’est une trahison. Continuer à gérer les retraites à vue, comme on pilote un paquebot dans le brouillard, c’est mener tout le système droit vers les récifs. L’heure n’est plus aux demi-mesures. Elle est au courage. Celui d’un pays capable de regarder la vérité en face. Et de se dire, enfin, que l’immobilisme coûte plus cher que le changement.
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