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Culture
Sophie Gachet
12/06/2025 à 10:42

C’est l’histoire d’un soulier bien né qui s’appelle Andy. On est en 1962, le couturier Yves Saint-Laurent entre dans la boutique Berluti du 26, rue Marbeuf, à Paris, accompagné de l’artiste américain Andy Warhol. Le roi du pop art vient de dessiner une paire de souliers et il souhaite la faire réaliser par Torello Berluti, le maître des lieux. Le croquis, avec des lignes carrées sur une forme ronde, laisse l’artisan dubitatif. Mais séduit la jeune Olga, petite-cousine de Torello, arrivée au sein de la maison trois ans plus tôt. Contre l’avis de son cousin, elle prend seule l’initiative de réaliser cette paire de mocassins qui pourrait plaire à ce client féru d’originalité. « La création commence par la désobéissance », reconnaîtra plus tard Olga, l’une des rares femmes à exercer le métier de bottier.
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Le résultat ? Des mocassins ciselés à plateaux cousus. Elle les taille dans les peaux qu’elle récupère dans l’atelier. Juste avant de les remettre à Andy, elle se rend compte qu’il y a un énorme défaut du cuir : une grosse veine barre la partie supérieure du mocassin. Il est trop tard pour le refaire. Elle explique alors au peintre qu’ils ont été réalisés avec le cuir d’une vache rebelle qui s’est frottée aux barbelés. Pas le genre de détail à décourager Andy, qui déclare : « Dorénavant, je ne veux plus que des souliers construits dans la peau de vaches transgressives. » Son évolution va de pair avec sa maîtrise de la tradition. Il est donc normal de voir ce mocassin clas- sique évoluer, même si c’est de façon drastique, comme avec le nouveau modèle Escale : il est souple et inspiré des chaussons en velours des Vénitiens. Tout en ayant un petit côté babouches.
Le fameux mocassin commence sa « carrière » aux pieds deWarhol et devient vite une étoile de la collection Berluti. Depuis, il a été maintes fois réinventé, est passé par toutes les couleurs, toutes les patines et tous les cuirs. Pour les 125 ans de la maison, il s’était mué en Penny Loafer avec une pièce de la Monnaie de Paris glissée sous sa languette. Tout se fait toujours à la main : le mocassin Andy requiert l’intervention de huit artisans. Depuis 1895, date de naissance de la marque à Paris, Berluti est dans une quête incessante de la meilleure qualité et du beau. Et selon la manière dont on les porte. Ce sont les souliers parfaits pour ceux qui aiment être pieds nus dans leurs chaus- sures l’été. On peut les porter talon relevé ou talon enfoncé pour affirmer un style résolument cool. Leur cuir de chèvre a été tanné d’une certaine façon pour pouvoir le porter de ces deux façons.
La nouveauté ne s’arrête pas là puisque le mocassin se décline aussi cette année dans un autre modèle, l’Oslo. Plus robuste, mais tout aussi élégant, il est un lointain cousin de l’Andy. Il a l’air confortable avec sa grosse semelle en gomme antidérapante et sa large couture dite « demi-chasse » qui explique ses origines : elle est censée préserver les pieds de l’humidité comme le font les bottes de chasse. L’Oslo bénéficie du montage Goodyear, que le principe de double couture rend increvable. Durable, intemporel et fortement désirable, un soulier Berluti n’est vraiment pas accessoire : il est avant tout un compagnon de vie.
Pour raconter les hommes qui ont croisé sa route, la maison Berluti a choisi le podcast. Le comédien Victor Belmondo, le compositeur Clément Ducol, l’athlète Arnaud Assoumani signent les trois premiers chapitres de cette collection. Les invités livrent un témoignage inattendu où parcours intime et histoire de la maison s’entremêlent. Des récits passionnés et passionnants, à écouter sur Apple Podcasts, Pocket Casts, Spotify, Overcast, Deezer, Castbox, Amazon Music, Podcast Addict, SoundCloud, Sticker, TuneIn, Castro. En format vidéo sur YouTube et sur berluti.com.
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