En Chine, c’est une tradition désormais scrutée de près : les banquets officiels. Des fêtes qui débordent souvent d’excès, aux lourdes additions, qui font mauvais genre dans un pays qui cultive une image de sobriété en faisant la chasse au gaspillage.
En mars dernier, à Xinyang, dans la province du Henan, au centre de la Chine, un cadre du Parti communiste est mort après avoir bu une bouteille entière de baijiu, un alcool titrant 65 % ! Quatre autres personnes ont été hospitalisées après ce déjeuner bien trop arrosé. L’affaire a provoqué un tollé et le régime a sévèrement puni une douzaine de participants, qui ont été exclus du Parti. Désormais, c’est le régime sec qui s’impose à tous.
Pékin a lancé dans la foulée de cette affaire une vaste campagne d’austérité pour « lutter contre le luxe et l’hédonisme » parmi ses cadres. Sont interdits désormais : l’alcool, les plats trop copieux et les décorations jugées « ostentatoires », comme les imposantes compositions florales qui décorent les bâtiments publics. L’usage privé des véhicules officiels est également strictement interdit tout comme le fait d’arborer une montre de luxe ou un sac griffé.
Économie en berne
Confronté à une croissance molle, une crise immobilière persistante et un chômage des jeunes record (16,9 % en février 2025), Xi Jinping veut remettre l’État au travail. La Commission centrale pour la discipline (CCDI), sorte de police politique du régime, a envoyé un rappel à l’ordre aux quelque 100 millions de membres du Parti communiste appelant à la tolérance zéro. La fête est finie, il faut désormais montrer l’exemple et se serrer la ceinture. Un nouveau code de conduite a été publié et largement médiatisé dans le cadre de la campagne « Frugalité glorieuse ».
Ce n’est pas la première fois que le Parti tire à boulets rouges sur les excès de ses cadres. Près de 313 000 sanctions ont été prononcées l’an dernier pour violation du « code de conduite », soit deux fois plus qu’en 2023.
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« Mais mettre à jour le code de bonne conduite ne résoudra pas les défis budgétaires auxquels Pékin fait face », estime Neil Thomas, expert au sein de l’Asia Society Policy Institute. Il y aura bien des économies, mais l’objectif c’est de montrer l’exemple et, « surtout, cela renforce le contrôle politique de Xi Jinping et consolide son image anti-corruption, anti-luxe, à un moment où les Chinois ordinaires souffrent économiquement ».
Lectures obligatoires pour les fonctionnaires
Cette frugalité imposée par le président chinois ne se limite pas aux portefeuilles. Sous sa conduite, le régime a ainsi imposé des lectures obligatoires aux fonctionnaires et aux membres du Parti centrées sur la discipline. Parmi elles, quatre recueils des discours de Xi Jinping et une douzaine de règlements internes qui proscrivent notamment les réunions officielles dans des lieux touristiques ou l’achat de feux d’artifice pour le Nouvel-An.
Dans cette nouvelle ère d’austérité, le moindre yuan est scruté de près et la rigueur budgétaire s’impose jusqu’aux provinces les plus reculées du pays. 21 gouvernements provinciaux ont ainsi dû revoir à la baisse leurs dépenses liées aux véhicules officiels.
Dans le Guizhou, le gouverneur a promis une coupe de 15 % dans les frais de fonctionnement de son administration. Et dans le Hunan, un cadre du Parti a exhorté ses collègues à devenir des « intendants rouges », en référence aux origines révolutionnaires du Parti, pour incarner une gestion sobre et disciplinée. Et attention aux contrevenants : après l’exclusion du Parti, c’est la prison qui les guette.
Cette image de simplicité est cultivée au plus haut sommet de l’État. Le tout-puissant président chinois s’affiche en homme du terroir, proche du peuple, et la presse officielle le rappelle à longueur d’articles et de documentaires hagiographiques. Conséquence : le secteur du luxe a vu ses ventes fondre en Chine de 20 % en 2024, avec des prévisions toujours en baisse pour 2025. La Chine n’est plus l’Empire du bling-bling.
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