Comme à chaque fois qu’un drame survient en milieu scolaire, le gouvernement s’agite, s’excite et la montagne accouche d’une maigrelette souris. Suite au tragique assassinat de Mélanie, François Bayrou ose et propose : vente de couteaux aux mineurs immédiatement interdite (bien que différée à une quinzaine, « l’urgence n’étant pas si urgente ») et expérimentation de portiques placés à l’entrée des établissements scolaires.
Voici, en peu de mots, l’essentiel des mesures face à la violence qui gangrène et infiltre les écoles. Et encore une fois, plutôt que de s’attaquer aux racines du mal, le gouvernement préfère opter pour des solutions aussi coûteuses que vaines.
Et pourtant, le constat est glaçant : les signalements d’armes blanches en milieu scolaire ont bondi de 15 % en un an. Sur 6 200 contrôles effectués à l’entrée des établissements, le pactole monte à 200 couteaux saisis et 567 conseils de discipline tenus. Les coutelas, qu’ils soient de cuisine, de poche ou en céramique, deviennent les nouveaux accessoires du quotidien pour bon nombre d’adolescents et les faits tragiques continuent à se multiplier.
Légiférer sur le brouillard
En plus d’avoir une efficacité loin d’être optimale, le coût de fonctionnement desdits portiques est proprement exorbitant : chacun coûte entre 2 000 à 6 000 euros et il en faudrait plusieurs par établissements si l’on souhaite éviter les attroupements à l’entrée, qui multiplieraient inutilement les risques. Équiper les 11 000 collèges et lycées de France demanderait de disposer d’une enveloppe de plus d’un milliard d’euros. Ce qui, en ces temps de disette budgétaire, n’est pas rien.
« Comment contrôler efficacement quelque chose quand on a la main sur rien ? »
Parallèlement à l’introduction des portiques, le gouvernement souhaite interdire la vente de couteaux aux mineurs. Annonce qui laisse d’autant plus perplexe quand l’on sait que la régulation des ventes en ligne est un inextricable casse-tête, des entreprises comme Amazon échappant largement aux régulations françaises. Quant aux contrôles à la livraison, ils sont quasi inexistants. Comment contrôler efficacement quelque chose quand on a la main sur rien ? C’est vouloir légiférer sur le brouillard. C’est méritoire mais parfaitement inutile.
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Et la santé mentale des jeunes ?
Pour faire aussi bref que simple, l’annonce de pareilles mesures ne parvient pas à faire illusion. Aucun voile ne parvient pour l’instant à occulter la douloureuse absence de solutions pérennes. C’est que les racines du mal sont profondes, elles se nourrissent d’un terreau nourri par des décennies de sourde inertie.
L’école n’est pas en dehors de la société, elle en est un rameau. Si le tronc de l’arbre est pourri, il y a de fortes chances pour que celui-ci le devienne aussi. Le volet sécuritaire doit être global, la prise de conscience massive et étendue à l’ensemble de la société.
L’école française meurt de ne pas oser mettre à bas un système qui ne fonctionne plus. La violence est là, parce que l’indulgence égalitariste empêche d’admettre que certains adolescents ne sont pas faits pour l’école. Il est urgent que la République réinvente une alternative à ces élèves en roue libre, qui déstabilisent l’ensemble du système.
Quant aux problèmes liés à la santé mentale de plus en plus fragile de nos enfants, l’annonce d’interdire l’accès aux réseaux sociaux au moins de 15 ans est méritoire en soi et elle est applicable (d’autres pays l’ont fait ainsi l’Australie), mais ceci demande des mesures « autoritaristes » et le gouvernement le souhaite-t-il réellement ?
On a un peu le sentiment qu’une fois encore, on mise sur l’attentisme, on évoque la possibilité de délibérer sur cet important sujet, mais uniquement après avoir attendu que l’Europe ne s’en mêle. Et si vraiment, elle ne fait rien, alors l’État fera. Dont acte. Il y a fort à parier que les mois s’écoulent paisiblement et que rien ne change…
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