Donald Trump aura finalement laissé Israël y aller seul. À peine les premières frappes achevées, son secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré : « Nous ne sommes pas impliqués dans les frappes contre l’Iran. » Le président américain indique, lui, avoir été prévenu juste avant.
Il aura bien tenté d’empêcher l’État hébreu de frapper et, parfois, fidèle à son style versatile lié à sa frustration, promis de l’accompagner. Sans succès. Après l’échec à imposer la négociation en Ukraine, Trump a enterré définitivement son image de président de la paix dans la nuit de jeudi à vendredi.
Le QG des Gardiens de la révolution en flammes
Les frappes israéliennes, baptisées « opération Lion Levant », ont touché à la fois les installations militaires et les sites nucléaires iraniens, en particulier celui de Natanz, centre d’enrichissement de l’uranium. Une dizaine de scientifiques nucléaires iraniens ont été tués, ainsi que des chefs militaires dont celui des Gardiens de la révolution, Hossein Salami, successeur de Qassem Soleimani, un homme-clef dans l’appareil sécuritaire et une figure centrale de la projection militaire de l’Iran au Moyen-Orient.
« L’imminence des frappes était dans toutes les têtes »
Ces assassinats laissent penser que, depuis la mort du chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, au cours d’une opération ciblée du Mossad à Téhéran à l’été 2024, les Israéliens disposent toujours de moyens de surveillance au sein de l’appareil politico-militaire iranien. À l’époque, on avait parlé d’un réseau d’espions au cœur du pouvoir, une hypothèse confirmée par Mahmoud Ahmadinejad, l’ancien président de la République d’Iran.
L’imminence des frappes était dans toutes les têtes. La télévision d’État iranienne rapportait dans la nuit que le quartier général des Gardiens de la révolution, situé dans la rue Pirouzi, dans l’est de Téhéran, était en flammes. Pourquoi le chef des gardiens s’y serait-il trouvé, sachant que Tsahal allait frapper ? Les Israéliens disposaient-ils d’une manière de surveiller ses allées et venues comme pour l’assassinat d’Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, à Beyrouth ?
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Le ministre de la Défense Israël Katz a confirmé vendredi que c’est bien une frappe sur une réunion des cadres de l’armée dans les sous-sols de l’immeuble qui a conduit à ces morts. On apprend également qu’à l’image du SBU ukrainien dans l’opération « Toile d’araignée » contre les bombardiers stratégiques russes, le Mossad avait établi une base de drones introduits clandestinement à l’intérieur de l’Iran, et qui, selon le quotidien Haaretz, ont été activés au moment des frappes aériennes.
Trump au courant ?
Donald Trump avait d’abord exhorté son allié israélien à ne pas mener ces opérations. Il laissait entendre tout de même qu’elles allaient certainement avoir lieu, tout en indiquant que les États-Unis poursuivraient les négociations autour du nucléaire iranien avec comme objectif d’empêcher le pays d’obtenir la bombe. Désormais, c’est bien là que se situe le principal enjeu. « L’Iran doit faire un deal, a renchéri Trump sur X à la suite des frappes, ou alors il ne restera plus rien de ce qui était autrefois appelé l’Empire iranien. Signez avant qu’il ne soit trop tard… »
Plus tard, il suggérera qu’il était au courant de tout et qu’il aurait mené les négociations dans le but d’endormir les Iraniens, en leur faisant croire que c’est lui qui avait la main… Mais l’Iran peut très bien choisir de se radicaliser, décider de sortir du TNP (traité de non-prolifération nucléaire) et d’accélérer du même coup l’enrichissement de l’uranium.
Actuellement à un niveau de 60 % de pureté, grâce à l’aide d’un gaz spécifique fourni par la Chine, celui-ci pourrait passer à 80 %. De quoi confectionner au moins trois bombes atomiques… L’Iran, qui a toujours démenti avoir cet objectif en tête, devait poursuivre le dialogue dimanche avec les Américains au sultanat d’Oman. Avant de renoncer à cette rencontre.
Même avant les frappes, l’Iran indiquait sa volonté d’augmenter sa production d’uranium enrichi, avec la construction d’un nouveau site d’enrichissement, en réponse à l’adoption jeudi, par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) d’une résolution le condamnant pour non-respect de ses obligations en matière nucléaire. Téhéran tient en outre les États-Unis pour responsables des frappes d’Israël. Mais ce ne sont pour l’instant que des mots. Le régime a besoin d’un accord. Le pays est plongé dans une crise économique majeure que seule une levée des sanctions pourrait soulager.
L’absence d’issue à la tragédie des otages pèse sur la société
Contrairement aux Israéliens, les Américains ont appris leur leçon et révisé leur croyance en la toute-puissance des frappes aériennes, en constatant en avril l’impossibilité de venir à bout des Houthis de cette manière. Après des semaines à pilonner le pays en dépensant une fortune en bombes ultra-sophistiquées, ils ont fini par conclure un accord avec les rebelles yéménites. À noter qu’Israël ne fait pas partie de cet accord. L’ère du carpet bombing est révolue, mais Netanyahou y croit toujours, pour satisfaire une partie de son opinion publique. Celle-ci est en effet divisée sur cette escalade.
L’absence d’issue à la tragédie des otages et le drame humanitaire de Gaza pèsent sur la société. Et il n’est pas certain que l’ouverture de ce nouveau front apporte un quelconque changement. L’Iran a riposté, massivement dans la soirée de vendredi, en envoyant une pluie de missiles balistiques et de drones sur Israël, déclenchant des sirènes d’alerte dans tout le pays et parvenant à toucher le ministère de la Défense et le complexe gouvernemental de Kyria où se trouve le haut commandement de Tsahal.
En réponse, Israël a poursuivi ses frappes dans tout le pays dans la nuit. Elles devraient se poursuivre plusieurs jours encore. La durée de cette riposte annoncée par Netanyahou dépendra en grande partie de la capacité de la société israélienne à supporter la menace de missiles iraniens, et donc de la capacité de l’Iran à maintenir cette menace.
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